Le Coin de France

  • Avant, j'étais egocentrique

    Ouiiiii, booooon, alooooors, en vraiiii, « avant, avant » un peu, encore, beaucoup, pas mal, maintenant, on va pas se mentir, tout le monde le sait (moi en premier).

    Mais bon, disons que y'a du (mille fois) mieux et rien que pour ça, ça mérite d’être raconté au passé.

  • Avant, je voulais sauver les gens

    Ah, qu'est-ce que c’était cool de sauver les gens, de les réparer comme je disais, ça me rassurait sur le fait que j’étais une bonne personne, ça me donnait une utilité.
  • Avant, j'avais toujours quelque chose à prouver

    Alors vous allez me dire, « mais en quoi ça consiste exactement quelque chose à prouver ? » Et bien, c'est simple, ça consiste à vouloir montrer au monde ce que je valais. Par des comportements, des paroles, ou des faits.
  • Avant, je culpabilisais pour tout

    Coupable de ne pas réussir à dire non, ou de ne pas dire oui, coupable d’être une mauvaise personne, ou d’être trop gentille, coupable de mentir, ou de dire la vérité, de prendre du plaisir, ou de me faire du mal, d’être trop sensible ou trop dure, enfin bref, coupable de tout et son contraire, du trop bien, au pas assez.
  • Avant, j'étais drôle

    Ah, qu'est-ce que j'ai pu rire de moi, de mes angoisses, de mes blessures, de mes trauma. Au lieu d'assumer mes vulnérabilités. Qu’est-ce que j'ai pu me dévaloriser sur les réseaux ou dans la vraie vie, en racontant mes misères, que je ne voulais surtout pas dramatiser.
  • Avant, j'avais plein d'amis

    Parfois, on me faisait des remarques désagréables (qui étaient souvent, d’ailleurs, annonciatrices d'une rupture, parce que, bon, fallait bien que je fasse le tri). On me reprochait de ne pas aimer vraiment, on disait que ce n’était pas normal d'aimer tout le monde de la même manière.
  • Avant, j'étais une junkie

    Alors, certes, je parle de drogue assez souvent et j'en parle plutôt de façon positive d'ailleurs, car je pense toujours qu'à petite dose ça peut être hyper bénéfique (vraiment toute petite dose hein, et seulement certaines) MAIS aujourd'hui, je voudrais vous parler de l'autre facette de la drogue, celle beaucoup plus dark, celle qui vous plonge dans les ténèbres les plus profondes, celle qui vous rend addict, celle dont j'ai vraiment abusé.
  • Avant, j'avais toujours raison

    Car, d'une, j'avais toujours le bon raisonnement en tête (of course), de deux, le bon choix des mots pour l'expliquer, mais surtout, de trois, je faisais toujours en sorte qu'on ait envie de m’écouter.
  • Avant, je rejetais les gens

    Aujourd'hui, je vais vous raconter une petite histoire. 

    Avant, j’étais une star. 

    Roh ça va... on peut même plus rigoler.

    Evidemment que (même si c'est, bien entendu, vrai) c'est pas le sujet.

    Le sujet c'est : « avant, je rejetais les gens ». Mais, vous allez comprendre, qu'en vérité, c'est lié.

  • Avant, j'étais parano

    Alors que je me demandais régulièrement si des gens étaient capables d'avoir installé des cameras chez eux, si mon ex avait planqué un mouchard dans mon tel (marche aussi avec des micros dans mon salon), si le voisin se collait l'oreille régulièrement contre la ventilation dans l'espoir de me choper (en train de me droguer) ou encore, si l'inconnu, là, dans la rue, avait été envoyé pour m'espionner, bah je ne disais rien à personne de mes doutes et angoisses incessantes car je savais bien pour quel genre de personne on me prendrait.
  • Avant, j'étais raciste

    Pendant près de 28 ans, persuadée d’être dans le vrai, j'ai donc défendu corps et âme mes idées, avec tous les interlocuteurs possibles (j'ai même essayé de convaincre des individus racisés, c'est dire ma détermination) afin que les gens ouvrent les yeux : les étrangers, de part leur origine, leur éducation, ou leurs valeurs, attentaient à nos libertés et nous mettaient en danger.
  • Avant, je contrôlais tout

    J'avais analysé tous les types de cerveaux et de personnalités pour pouvoir m'y adapter, avais étudié toutes les maladies, connaissais toutes les lois de mon pays, et les issus de secours partout où j'allais. J'avais appris à réagir à toute éventualité : terroristes, flics, mecs bourré. Et je savais même me couper de mes émotions pour le jour où l'un de mes proches mourrait.