Avant, j'avais plein d'amis

Aujourd'hui, je vais vous raconter une petite histoire.

Avant, j'avais plein d'amis.

 

Et quand je dis plein, c'est plein.

 

Genre, che pas moi, une bonne centaine. Ouais, je sais, c'est énorme, mais, bon, faut savoir que j’étais, moi aussi, une super bonne amie, hein !

 

Je donnais énormément d'amour, à tout le monde, je répondais à tous les messages tout de suite, j'avais toujours un petit mot réconfortant pour chacun. Je calais toujours un peu de temps dans mon agenda, j'oubliais jamais aucun anniversaire, j'organisais des week-end, des vacances, des surprises, et passais ma vie à donner des coups de mains.

 

Enfin bref, c’était du taff tout ça, je le méritais, hein !

 

 

Ah, qu'est-ce que j'aimais avoir autant d'amis. Y'en avait peu des gens qui avaient tant d'amis. Ça prouvait forcément que j’étais aimable, que j’étais quelqu’un de bien.

 

Puis, c’était pratique aussi. Je ne me retrouvais jamais seule. Du moins, quand j'avais décidé de ne pas l’être (c'est à dire le week-end). Dès que j'avais envie de sortir, y'avait toujours quelqu’un de disponible pour m'accompagner jusqu'au petit matin.

 

Alors, parfois, on me faisait des remarques désagréables (qui étaient souvent, d’ailleurs, annonciatrices d'une rupture, parce que, bon, fallait bien que je fasse le tri). On me reprochait de ne pas aimer vraiment, on disait que ce n’était pas normal d'aimer tout le monde de la même manière. Que c’était malsain.

 

Y'a rien qui m’énervait plus. Bien-sûr qu'il était possible d'aimer la terre entière, suffisait d'avoir un cœur aussi grand que le mien.

 

Suffisait de faire comme moi, qui étais gentille avec tout le monde. Comme moi, qui donnais beaucoup trop. Comme moi, qui ne laissais jamais personne de coté (pas avant qu'on ait fait une erreur, du moins.)

 

Ce n’était pas ça la vie, après tout ? Aimer et aider son prochain ? Se sacrifier pour lui ? (pour qu'il te le rende bien ?)

 

Ah bah, visiblement, non, c’était pas ça la vie, et encore une fois, j'avais rien compris. Rien.

 

T’inquiète que quand j'ai fait mon burn-out j'ai bien vu, qu'en vérité, des amis, malgré ce que je pensais donner (et donc, m'attendais inconsciemment à recevoir en retour) bah, j'en avais aucun.

 

 

 

Alors, certes, y'en avait qui me soutenaient quand même, mais ils ne pouvaient pas être là autant que j'en aurais eu besoin.

 

Et surtout, si je dois être tout à fait honnête, pour la plupart, ce n'étaient pas ceux dont j'aurais aimé le soutien.

 

Alors au début, je me suis reposée sur la famille et quelques uns, mais, j'ai surtout passé de longs mois seule. Et je crois que c'est exactement ce dont j'avais besoin.

 

Car ça a remis les pendules à l'heure comme on dit, et j'ai pu comprendre, qu'en vérité, ils avaient raison mes détracteurs : tout ça n’était pas très sain.

 

Pendant mes mois de convalescence j'ai pu réfléchir et j'ai fini par comprendre que si j’étais mal entourée, bah en fait, je n'y étais pas pour rien. Car toute ma vie je n'avais accordé de l’intérêt qu'à ceux qui, sans même me connaître, me répétaient qu'ils m'aimaient, mais que je n'avais jamais vraiment pris soin des anciens.

 

Et résultat, quand j'ai craqué, les nouveaux m'avaient vite abandonnée (à raison, ils avaient mieux à faire) et les proches n'en étaient plus (à raison, je ne leur donnais rien).

 

Déjà, je peux vous dire qu'avoir compris ça, c’était avoir parcouru le plus gros du chemin.

 

Puis, petit à petit, j'ai commencé à aller mieux. Et j'ai remarqué que, parmi ceux qui osaient encore me demander comment j'allais (nan, parce que j'avais surtout passé les derniers mois à envoyer chier tout le monde) bah, y'en avaient dont j'avais eu, aussi, envie de prendre des nouvelles, alors même que je n'avais la force de rien.

 

Mais alors, est-ce que c’était ça un véritable ami ? Quelqu’un qui se soucie de toi, MAIS, surtout, dont tu te soucis, toi aussi, même quand tu ne te soucis plus de rien ?

 

Je me suis rendu compte que toute ma vie j'avais tout confondu. J'avais considéré comme « amis » des personnes qui ne m’intéressaient pas forcément mais qui avaient eu le mérite de dire m'aimer et d'avoir été présents quand j'en avais eu besoin (enfin, dans la limite du gérable pour eux, hein, c'est à dire pour les sorties ou pour 2,3 coups de mains). Or je n'avais jamais rien fait pour créer une relation profonde avec ces gens-là car je n'en avais jamais vraiment eu envie, parce que, la vérité, c'est qu'on n'avait pas grand chose en commun.

 

En fait, toute ma vie, j'avais eu si peu d'estime pour moi que j'avais plongé dès qu'on m'avait encensée, sans finalement, vraiment me soucier de qui l'avait fait. La vérité, c'est que j'avais choisi la plupart de mes « amis » que dans le but de combler un manque, et que je n'avais respecté, du coup, ni moi, ni eux, et avais fait du mal à chacun.

 

Pendant mon burn-out, alors même que le tri c’était fait tout seul et que je devais tout reconstruire, j'ai compris que les amis c'est avant toute chose, des gens que tu as envie d'avoir dans ta vie, dans tous les moments et pas que dans les sorties. Que les amis, ce sont des gens qui t’intéressent, vraiment, pas uniquement parce qu'ils t'aiment. Que ce sont des gens qui te font évoluer, qui t'apportent une présence apaisante, une écoute ou encore de la joie. Que ce sont des gens avec qui tu partages des centres d’intérêts, la même vision d'une relation, les mêmes attentes etc.. Enfin bref des gens incroyables et que si tu veux les garder dans ta vie, bah, tu dois en prendre soin !

 

 

La vérité c'est qu'elles sont précieuses ces personnes-là. Elles sont rares les personnes à qui tu corresponds et qui te correspondent aussi sur tous les points !

 

Donc pourquoi vouloir être aimée de tout le monde ? Pourquoi dépenser son temps avec des gens à qui tu ne corresponds pas forcément alors qu'au final on peut recevoir de l'amour de qualité en s'impliquant à créer de vrais liens ?

 

Aujourd'hui, j'ai compris que tu as le droit de ne pas considérer comme « ami » quelqu’un qui pourtant te donne beaucoup d'amour, de temps ou autre, et que ça ne fait pas de toi une mauvaise personne pour autant (et inversement), que personne n'est redevable de ce qu'on lui donne, que l'amitié c'est un échange pas un dû, et qu'on n'est obligé de rien.

 

Aujourd’hui, j'ai choisi et je n'ai gardé que quelques vrais amis, ceux avec qui l’échange est équilibré ou ceux que je voulais rattraper. Ça ne veut pas dire que je n'aime pas les autres, mais oui, je ne les aime pas pareil et je dois arrêter de culpabiliser. Les autres c’est juste des potes quoi, ou des amis lointains et ce n'est pas être une connasse que de dire que, oui, ils passeront toujours après. Que je ne vais pas forcément répondre à tous leurs messages tout de suite, leur rendre des services, ou leur demander des nouvelles, car je n'ai pas le temps, ni l'énergie, tout simplement. Et que finalement je suis juste contente quand je les vois, mais, point.

 

Car aujourd'hui j'ai compris que si c'est, finalement, méprisant de t’intéresser à quelqu’un juste parce qu'il s’intéresse à toi (encore plus si c'est pour le jeter peu de temps après), ce n'est, en réalité, pas méprisant (ce que j'ai cru pendant longtemps) et que c'est même une grande preuve de respect (pour toi et pour eux) que de ne pas accorder ton intérêt à la terre entière. Car une vraie relation, ça demande du temps, de l’énergie, de l'implication, car une vraie relation, ça s’entretient !

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