Avant, je voulais sauver les gens

Aujourd'hui je vais vous raconter une petite histoire.

Avant, je voulais sauver les gens.

 

(Et, j'y arrivais.)

 

 

Ah, qu'est-ce que c’était cool de sauver les gens, de les réparer comme je disais, ça me rassurait sur le fait que j’étais une bonne personne, ça me donnait une utilité.

 

Puis, qu'est-ce que j’étais bonne dans l'exercice aussi, il faut l'avouer. M’étant remise, tout le long de ma vie, de tout un tas de traumatismes divers et variés, je possédais un véritable radar à problèmes et connaissais toutes les solutions à apporter.

 

De ma mère que j'ai très tôt psychanalysée, à mon petit frère que j'ai pratiquement élevé, en passant par mes petits amis que choisissais en fonction de leurs pathologies compliquées, je les ai tous, un par un, sauvés.

 

C'est à dire que ça me faisait tellement de mal de voir les gens souffrir, je savais ce que ça faisait, alors, si j'avais réussi, moi, à me réparer, j'estimais qu'ils étaient capables (et au devoir) de m'imiter.

 

Avec les années, j’étais devenue la psy de tous mes potes et y passais toutes mes soirées. Véritable aimant à tristesse, les gens venaient naturellement à moi pour se confier. Et je ne pouvais pas, évidemment, m’empêcher de les aider.

 

Ne supportant pas la faiblesse et l'inefficacité, j'avais même appris à trouver des méthodes express pour réparer. Suffisait de cibler le problème, de chercher les explications possibles, d'oser dire 2, 3 trois vérités bien placées (qui les sortaient de leur déni) puis de leur donner quelques conseils de guerriers pour avancer.

 

Mi méga-empathique, mi méga-egocentrée (oui, parce qu'avoir des victimes dans mon entourage me faisait, paradoxalement, en même temps, surkiffer et, en même temps, totalement chier) j'ai, donc, passé 33 ans de ma vie à m'entourer de gens à problèmes - que j'attirais - à chercher des solutions, puis à mettre tout en œuvre pour les soigner.

 

Jusqu’à ce je m’écroule, et que je réalise que je n’étais, moi-même, absolument pas réparée, comme j’aimais si bien le répéter.

 

Un jour de février 2021, comme vous le savez, j'ai craqué. À force de dépenser de l’énergie pour aider les autres, ma carapace de protection a littéralement explosé. Et ce jour-là, j'ai compris qu'en dessous mon apparente force et toutes mes croyances sur la résilience (des autres mais, aussi et surtout, de la mienne) auxquelles je m'accrochais, se cachait, en réalité, une petite fille complètement apeurée.

 

 

Et j'ai réalisé qu'à travers les gens que je voulais aider, c’était moi que je cherchais à soigner. En comblant un besoin de reconnaissance que mon statut de sauveuse m'apportait.

 

Mais alors, du coup, comment avais-je le droit de me prétendre grande prêtresse de la résilience si, en fait, moi-même, j'avais rien compris et avais passé, dans le déni, toutes ces derniers années ?

 

Je vous raconte pas le virage à 360°. D'un coup, je passais de « super sauveuse empathique et altruiste » à « bourreau toxique mégalo et entêtée » (parce qu'avant tout victime blessée, hein, bien entendu, je ne me jette pas la pierre) qui avait passé sa vie à aider les gens à se construire l'armure la mieux forgée plutôt qu'apprendre à s'apaiser.

 

Si au départ, mon monde s'est écroulé (quand j'ai compris que j’étais pas du tout la personne que je croyais) j'ai finalement bientôt pu commencer à m'occuper réellement de (et non pas, enfouir sous des couches de protection) tous mes trauma non réglés, et j'ai entrepris de me soigner.

 

En acceptant ma tristesse, ma faiblesse, mes fragilités. En reconnaissant ma colère, en faisant le deuil de ce que je n'avais pas pu sauver dans mon enfance, en comprenant pourquoi j'avais endossé ce rôle, en me pardonnant, en me rassurant, en pardonnant à mes bourreaux etc, etc... puis en apprenant à m'aimer.

 

Et, c'est quand j'ai appris à me soigner que, comme par hasard, j'ai arrêté de vouloir sauver le monde entier.

 

Parce que je peux vous dire que quand on s’occupe de soi-même, bah, on a autre chose à foutre que de soigner son voisin de palier.

 

Et, surtout, en vrai de vrai, quand on s'occupe de soi, on aide encore plus les autres : car on leur fout la paix.

 

Car trop aider les autres c'est les empêcher de comprendre tout seul et d'avancer.

 

Oui, nan, parce qu'en fait, les gens, si ils viennent pas te demander concrètement et explicitement de l'aide, bah, t'as pas à leur en apporter. Car, non seulement, c'est megalo (t'es qui pour détenir la vérité à leur place ?) égocentrique (tu le fais pas pour eux du coup, mais pour toi) et narcissique (parce que t'as besoin d’être aimé), mais, en plus, c'est complètement con, car plus tu les aides, moins, en vrai, ça va les aider, car ils n'apprennent pas, à se démerder.

 

Croire que l'aide que l'on apporte (sans même, bien souvent, qu'on nous l'ait demandé) peut sauver quelqu'un, c'est se prendre pour dieu, c'est penser qu'on détient l'unique vérité.

 

Aujourd'hui, j'ai complètement changé. Tout d'abord, j'ai compris que si j'aimais, évidemment, toujours aider les autres, je ne le ferai plus à mes dépends ou pour combler un besoin de reconnaissance. Et, ensuite, qu'il existait de meilleures manières de pratiquer.

Étant, de fait, douée dans le domaine, j'ai décidé d'en faire une force qui apporterait tout autant quelque chose aux autres qu'à moi, en reprenant mes études dans la psychanalyse et en souhaitant, donc, en faire mon métier.

 

Alors, bien entendu, les problèmes, je les vois toujours et je suis encore parfois tentée de chercher (et de verbaliser) les solutions sans qu'on m'ait rien demandé (on se refait pas (du moins, pas d'un claquement de doigts)) mais, quand je remarque que je le fais, je présente mes excuses et je me force à écouter sans jugement car, souvent, c'est bien tout ce dont on a besoin : être écouté.

 

Aujourd'hui, j'ai drastiquement réduit l'aide que j'apportais « gratuitement » auparavant. En me faisant passer en premier et en apprenant à dire non quand je n’étais pas disposée à l'apporter (c'est dur, mais je m'y tiens). Et j'ai même, maintenant, plutôt tendance à fuir les gens à problèmes même s'ils sont choux et bien intentionnés. Car ces gens-là me vidaient de mon énergie et j'ai bien appris qu'il était vital d'en garder.

 

Si je pense toujours qu'il est indispensable d'aider les autres, que c'est même inscrit dans notre patrimoine génétique et que c'est nécessaire à la survie de notre espèce de s’entraider, je crois aussi qu'il est primordial d'utiliser, avant tout, son énergie pour soi, afin de pouvoir être au maximum de ses capacités (et, finalement, si on le veut, pouvoir de manière encore plus efficace, aider).

 

Allez, namasté.

Dejar un comentario

Por favor tenga en cuenta que los comentarios deben ser aprobados antes de ser publicados