La meilleure version de moi-même, de Blanche Gardin. Oui, mais.

by France Missud 

Blanche Gardin, je la découvre en 2015 en première partie de Fabrice Eboué. Cette nana est sombre, maligne, provoc et extrêmement drôle. Tout ce que j'aime. Dans son premier spectacle, l'humoriste à la plume et au ton acerbe, dédramatise tous les sujets trash de notre société. Jusqu'aux plus graves. Viol, pathologies psychiatriques, misère affective et sexuelle, elle n'y va pas avec le dos de la cuillère, la meuf. Blanche n'a honte de rien, tourne tout ce que notre monde a de plus moche en dérision, dénonce et libère la parole. Et ça nous fait, à nous, beaucoup de bien.
Depuis, je m'intéresse à tous les projets dans lesquels son nom apparaît. Alors, quand Canal + nous annonce, en novembre, que l'humoriste a écrit et réalisé une série dans laquelle elle joue le premier rôle, je trépigne d'impatience. La sortie de "La meilleure version de moi-même" est prévue pour le 6 décembre 2021. Ça risque d'être cataclysmique.

Les teasers ne font qu'ajouter à mon excitation. Il est question de quête spirituelle et de découverte de soi. En somme, tout ce qui est à la mode en ce moment. Le tout, sous fond de gros doutes sur le bien-fondé de ces recherches.  Je me reconnais pas mal. Je sens que je vais pouvoir rire de mes propres travers. Je sens que je vais en prendre pour mon grade aussi. Je dois être un peu maso, mais j'ai hâte.

 

le coin de france la meilleure version
 

Alors, dès le 6 décembre passé, je lance un appel (tout à fait illégal) au prêt de codes Canal sur les réseaux, et le lendemain, grâce à de généreux donateurs, dont je tairai les noms, je commence, enfin, les épisodes. L'attente est, donc, comme vous vous imaginez, énorme.
Et qu'est-ce que c'est le problème quand tu as trop d'attentes ? Bah, c'est que tu es forcément déçue. Voilà. Ça n'a pas loupé.

Dans la meilleure version de moi-même, Blanche Gardin joue son propre rôle d'humoriste fatiguée de s'autoflageller, se tournant vers le développement personnel.
Comme beaucoup de gens  ̶  dont moi  ̶  en cette période post premier confinement, elle cherche à se comprendre afin de s'épanouir. On la voit prendre le chemin que nous sommes tant à avoir pris : celui de la quête de spiritualité. C'est le thème des deux ou trois premiers épisodes. Jusqu'ici, j'ai ri. À l'image de mes propres expériences, je me suis trouvé gentiment ridicule, me reconnaissant dans des attitudes narcissiques et égocentrées. Bien que je me serais passé de tant de lourdeur autour de son transit, cette partie est, selon moi, la meilleure. Je me suis bien marré.
Mais, c'est après que ça se gâte.

J'étais très curieuse de voir la suite de ce qu'elle entendait par "quête spirituelle", n'en n'étant, moi-même qu'aux balbutiements. Jusque-là, la satire se montrait très juste, donc, logiquement, la série devait me montrer ce qui m'attendait dans le futur. Et c'est là que j'ai arrêté de rire. Je ne sais même plus si j'ai souri une fois, c'est dire. Quatre ou cinq épisodes (les derniers, de surcroît) sans rire, devant une série que l'on pensait comique, c'est légèrement décevant, vous en conviendrez.
Non seulement Blanche ne m'a pas fait rire, mais, pire, elle m'a fait flipper. Le scenario part totalement en cacahuète et pas dans le bon sens du terme. Le rôle principal devient antipathique, de plus en plus névrosée, voire tarée. Elle nous y dévoile tous ses cotés sombres et ne cache rien de son monstre, blessures et autres peurs. C'est tout à son honneur, vous me direz, mais je cherche encore l'humour. Dans la seconde partie, on a carrément changé de registre. Le tout sans être prévenus. Et, moi, j'étais pas prête. Alors, ouais, j'ai trouvé ça instructif, intéressant et alarmant (comportement à ne surtout pas reproduire, donc) mais c'était pas un drame social un peu absurde que j'avais envie de regarder à ce moment-là.

 

 

Et puis, en toute honnêteté, même si les dérives existent, je ne pense pas que beaucoup de personnes empruntent ce chemin. Et c'est bien ça le problème. En ridiculisant, de plus en plus, cette recherche de spiritualité et en caricaturant ses adeptes et autres féministes (en faisant l'amalgame au passage) elle arriverait presque à nous en dégoûter. Alors que c'était pas le but. Le but (enfin, ce que j'en attendais) c'était de me moquer de nos comportements excessifs (comme elle a pu le faire dans "Problemos" co-écrit avec Noé Debré et réalisé par Éric judor) pas de rentrer dans une réflexion poussée et sérieuse de nos pires déviances. Dans cette suite, Blanche critique allègrement notre société et ses névroses, ce que j'aurais pu énormément apprécier, vu la justesse de l'analyse, sauf qu'elle n'y met pas vraiment d'humour. C'est juste clinique, pas drôle.

Conclusion : je me suis sentie mal à l'aise plusieurs fois, ça sentait beaucoup trop le réel, et la finalité ne pas donné satisfaction. Je ressors, donc, de ce visionnage avec une impression négative. Et le négatif, maintenant, je le fuis comme la peste. Dommage.

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