Pourquoi cherche-t-on à se coller des étiquettes ?

Hier, alors que je traînais sur Facebook, je tombe sur un article partagé par une psychologue que je suis. L'article dénonçait les dérives des auto-tests sur Internet pour savoir si on avait un haut potentiel émotionnel (HPE). Cet article, fort intéressant, écrit par un certain « Un Odieux Connard » traitait du fameux effet Barnum dont je vous ai déjà parlé dans une ancienne chronique.

L'effet Barnum c'est le fait de se reconnaître dans un descriptif vague et universel dans lequel donc tout le monde peut s'identifier.

Cet « Odieux Connard » donc, s'indignait de voir autant de personnes se trouver des caractéristiques hors du commun (alors que lui ne les pensait visiblement pas si extraordinaires que ça les gens dont ils parlaient (ah, bah, il porte bien son nom)) grâce à des tests complètement bidon.

 

Les hauts potentiels ne représentent qu'une infime partie de la population et pourtant on en voit partout... Paradoxal et illogique n'est-ce pas ? Serait-ce car la plupart ne le sont pas vraiment ? Assurément ! Avec les années, le haut potentiel est devenu une cible marketing. Les produits dérivés (livres, articles, séances de coaching etc...) se vendent comme des petits pains. Avoir une niche de 2% de la population c'est cool, mais 30% c'est mieux. Beaucoup de charlatans aimeraient donc bien que tout le monde se pense l’être. Les auto-diagnostiques ou diagnostiques de complaisances pullulent donc sur la toile ou dans les cabinets, et créent pleins de petits faux hauts potentiels.

 

Alors, vous allez me dire : il est où le problème ? Bah oui, les medium aussi ils vous disent des trucs potentiellement faux mais si ça fait du bien au client concerné, et qu'en plus ça arrange le « charlatan » qui lui vend ses services, bon, bah, tout le monde est content, non ? Quand tu vas voir un coach et non pas un psy (ça marche aussi avec : quand tu vas lire Konbini plutôt que Mediapart) tu le sais bien que ce ne sont pas des experts, hein (et si tu le sais pas, bah, tant pis pour toi). En vrai ça emmerde qui que la victime soit consentante, à part la victime ? (Mais qui est consentante, du coup, donc, de quoi je me mêle, merde !? On vous a rien demandé, si ?) Et bien, je vais vous le dire : ça emmerde les psychologues spécialisés dans la détection des hauts potentiels, qui voient partir une partie de leur clientèle, MAIS, AUSSI, les vrais haut potentiels qui étaient bien contents de se sentir supérieurs. Et comment se sentir supérieur quand tout le monde rejoint votre niveau ? Bah, c'est bien ça le problème, si vous voulez mon avis...

 

Vous devinez, donc, que j'ai bien eu envie de répondre au partage de cette psychologue spécialisée HPI et à l'auteur de cet article qui doit certainement avoir été détecté dans son enfance (enfin, c'est ce que j'en ai conclu).

 

Qu'est-ce que ça peut vous foutre que des gens pensent être intelligents ou empathiques alors qu'ils ne le sont pas ? Ils sont dans l’erreur, certes, mais ça leur fait du bien et du mal à personne. Donc bon, il est où le problème ? Il paraît que des biais cognitifs quand ils sont positifs, bah ils sont positifs et qu'il vaut mieux pas réveiller le mec de son déni (j'ai entendu ça dans un podcast fait par 2 psy. Exemple : idéaliser l'autre pour tomber amoureux, c'est faux, mais c'est cool (et même nécessaire) donc faut laisser faire.)

Est-ce que ces psy et autres journalistes révoltés ont envie de sauver le monde en empêchant ces victimes consentantes de l’être par pur altruisme ? Ont-ils une telle empathie pour eux et une intelligence si supérieure qu'ils ne peuvent pas s’empêcher d'intervenir en diffusant l'unique vérité à diffuser, c'est à dire celle de l'expertise ? Ou bien ce qui les dérange est ailleurs ? (Nan, parce que comme pour le Covid, les experts ne sont pas d'accord entre eux, du coup qui détient la vérité ? Ah bah on ne sait pas ! (Et mettez-vous un peu d’accord parce que c'est encore plus relou pour les non experts, merci d'avance).

 

Mais bon, je me suis ravisée. Car écrire un commentaire qui ne va pas dans le sens de la personne à qui vous répondez ne vous attire souvent que des heures de justification et autres argumentaires qui, personnellement, à présent, me fatiguent à d'avance.

 

Mais je suis tout de même allé voir si quelqu’un pensait comme moi dans les commentaires (parce que ça rassure tu vois), et c'est alors que je suis tombé sur l'intervention d'une autre psychologue s'interrogeant sur la nécessité de dénoncer ces faux diagnostiques plutôt que sur celle de se demander pourquoi les gens avaient tant besoin de se reconnaître dans des particularités qui ne leur correspondaient pas.

 

Ah, bah, voilà ! Merci madame ! Je me suis ainsi rappelée pourquoi je continuais à suivre la première psychologue. Je la suis parce que ses abonnés ont toujours quelque chose d’intéressant à dire et moi à apprendre d'eux. (Bon et parce que par ses postes (souvent) motivés par la jalousie elle lance le débat, et en vrai, le débat, quand c'est plus/pas moi qui y participe, ça m’intéresse toujours grandement.

 

Pour moi, elle était là, la vraie question : pourquoi a-t-on autant besoin de savoir ce que l'on est ? Pourquoi cherche-t-on absolument à mettre des mots sur nos névroses, pathologies, travers et autres traits de caractère ? Mais pourquoi, donc, cherche-t-on à se coller des étiquettes ?

 

Qu'est-ce qu'une étiquette ?

Une étiquette c'est un stéréotype, un label que l'on impose à soi-même ou aux autres, un jugement que l'on se fait de quelqu’un ou quelque chose.

Quand c'est pour cataloguer un être humain on parle d’étiquette sociale. Nous sommes HPE, HPI, hypersensibles, gentil, con, méchant, violent, de confiance, toxicomane, bipolaire, caractériel, généreux, séducteur, fou etc... il y'en a autant (voire plus) qu'il y a d'humains sur terre.

 

L'utilité de l’étiquette.

Mettre des étiquettes nous permet de se faire une idée d'une situation, d'une chose ou d'une personne. Les étiquettes nous permettent de catégoriser les choses, les gens, de mettre des mots sur notre idée et d'organiser nos pensées et nos jugements. On se fait tous, mentalement, des groupes de choses, ce qui nous permet, ensuite, d'y associer des caractéristiques communes et nous pouvons donc y réagir plus rapidement.

Lorsqu'on s'identifie hyperactif par exemple, suffit de taper le mot (l’étiquette) sur Google (ou d'aller voir un psy) pour trouver toute la documentation (et donc les réponses) qu'on veut. On peut alors cibler nos recherches pour essayer de mieux comprendre son fonctionnement. Les hyperactifs sont surexcités, impatients, ne savent pas gérer leurs émotions, ont besoin de se dépenser etc...

Quand on le dit (ou qu'on se le dit) ça permet de s'attendre à des comportements bien particuliers, d’être plus tolérant, ou, au contraire, de fuir en courant, mais au moins, on voit (en gros) de quoi on parle.

L’étiquetage est donc un outil bien pratique dans beaucoup de situations.

 

Les limites de l’étiquette.

S'il est pratique de catégoriser les comportements pour mieux les étudier et les comprendre, rester cantonnés dedans nous empêche de voir plus loin.

Mettre des étiquettes c'est mettre des choses, des situations, mais surtout des gens, dans des cases. Au risque de les y enfermer. Que ce soit positif ou négatif, ce n'est, tout simplement, pas forcément la réalité. Et même si ça l'est à l’instant T, elle peut évoluer. Nous avons tous eu dans nos vies des périodes et des comportements plus ou moins glorieux et nous avons pu nous (ou être) cataloguer à ce moment précis, sans que ça nous définisse nécessairement, entièrement et ad vitam æternam. C'est un jugement, et un jugement n'est jamais le même en fonction du moment, de la situation ou de la personne qui le porte.

Qui n'a jamais entendu ses parents dire : tu es un panier percé, tu es trop renfermé, tu es trop sensible etc... et qui, ne s'y est jamais identifié à force de l’entendre ? Et qui, passé la trentaine, après moulte thérapies et autres « recherche de son vrai soi » a fini par se rendre compte, qu'en réalité, les étiquettes dont on l'affublait n’était que la vision bien personnelle (et donc déformée) de celui qui la donnait ? N'en déplaise aux psy (ou à ma mère), même les experts peuvent se tromper. Et oui.

Si vous voulez mon avis, la seule étiquette dont on devrait s'affubler est celle que l'on s'est fait de sa propre identité en cherchant à se connaître vraiment (et encore).

 

Mais alors, pourquoi fait-on ça ?

L'humain a cette formidable envie de (et capacité à) chercher des réponses. Il veut savoir, il veut comprendre. Mais il veut aussi se rassurer et pour se faire, il veut appartenir.

Créer des étiquettes permet de réunir toutes les caractéristiques dudit domaine, de l’étudier, d'en parler, de comparer et donc de comprendre.

S'y identifier permet par la suite de se comprendre aussi plus facilement.

Et qu'est-il d'encore plus satisfaisant que de se comprendre soi ? Être compris par les autres, pardi !

Grâce aux étiquettes, on peut retrouver ses semblables et donc des personnes au même fonctionnement que nous et par lesquels on sera potentiellement compris. CQFD.

 

Cherche-t-on a être compris car nous ne sommes pas capables de trouver les réponses en nous-même ? Serait-ce parce que nous sommes malheureux de ne pas trouver ces réponses ? Serait-ce parce que nous ne sommes pas capables de ne pas chercher ces PUTAIN de réponses ? Serait-ce parce que nous sommes tous complètement perdus ? Je n'en sais rien. Mais dans tous les cas, quand on trouve un semblant de réponse, ça nous rassure quand même vachement pas mal et ça c'est cool, on va pas le nier.

Par exemple, s'identifier hypersensible c'est accéder à tout plein d’études sur le sujet, retrouver des gens au même profil, se reconnaître, se sentir moins seul, se pardonner des comportements que finalement d'autres ont eus aussi, et même y trouver des solutions grâce à l’expérience des autres.

 

Mais ATTENTION à ne pas tomber dans la stigmatisation, et c'est là tout le problème des étiquettes. Non, nous ne sommes pas UNE étiquette. Oui, nous sommes tous différents et surtout méga complexes. On est des êtres humains, quoi. Avoir été étiqueté de façon positive, ne nous donne pas tous les droits. Avoir été étiqueté de façon négative, n'excuse pas tout. Nous pouvons avoir été comme ça à un moment donné puis avoir changé, on peut s'être trompé, les associations peuvent être nombreuses, enfin bref, levons un peu le nez et voyons plus large.

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Conclusion.

L’étiquetage social, est un outil. Comme tous les outils, ce n'est pas l'objet en lui-même qui pose problème mais ce qu'on en fait.

L’étiquetage social peut donc être utile comme il peut se retourner contre nous.

Le tout étant de trouver l’équilibre. S'il peut être rassurant d'enfin comprendre son fonctionnement et de se sentir appartenir à une communauté, se résumer à une seule et même étiquette et ne pas comprendre que nous sommes tous uniques, peut nous empêcher d'ouvrir les yeux sur beaucoup d'autres choses qui nous définissent. Si poser des étiquettes est un bon outil pour catégoriser et comprendre certains types de comportements communs à plusieurs personnes, attention à ne pas s'y enfermer au risque de ne plus voir que par ce prisme et d'ensuite vouloir à tout prix correspondre à ce qu'on attend de soi.

Que ce soit vous, un parent ou un psy (qui reste humain, rappelons-le) qui vous dit que vous êtes « ci » ou « ça », n'oubliez pas de douter, de remettre en question, de vous renseigner, d'aller voir des experts (qui vous conviennent) et d'apprendre, toujours apprendre. Rien est immuable et la vérité est propre à chacun.

 

 https://www.youtube.com/watch?v=f12GoihwZag

 

sources : Stephanie Aubertin psychologue, unodieuxconnard.com, nospensées.fr

 

 

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