Paris coule, les rats quittent le navire

par France Missud 

Paris ne fait plus rêver. Du moins pas ses habitants. Stress, pollution, coût de la vie, temps de merde, tout le monde sait et ce, depuis fort longtemps, que Paris n'est pas une ville où il fait bon vivre quand tu te préoccupes un minimum de ta santé physique ou mentale, mais, avec le Covid, le mal-être s'est empiré, et le désir de se barrer devient concret. Les parisiens passent à l'action. Ils se cassent. Vraiment. Et en grand nombre.

Un peu d'histoire, ça fait pas de mal.

Paris aurait été fondée au IIIe siècle av. J.-C.. mais on entend véritablement parler d'elle pour la première fois en 53 av J.-C. lorsqu'elle est assiégée par un général Romain, dont je vous épargne le nom, parce que de toute façon vous ne vous en souviendrez jamais. C'est au Ve siècle, sous le règne de Clovis qu'elle est nommée capitale de La Gaulle. Très vite, elle devient l'une des plus grandes villes d’Europe. Centre névralgique du commerce international et des affaires du royaume, l'essor financier et politique de la ville ne s’arrête pas. Pendant près d'un millénaire, les rois n'auront cesse d’ériger les plus beaux palais, les plus belles halles, les plus belles cathédrales. En 1546, François 1er ordonne la construction du Louvre. La réputation de la ville n'est alors plus à faire. Ses habitants sont éduqués, leur richesse ne fait qu’accroître. D'années en années, on y voit les plus belles tenues, on y croise les plus éminents philosophes et les artistes les plus célèbres, on y tient les plus grandes fêtes et on y fera les plus marquantes révolutions. Pendant des siècles encore, et ce malgré les guerres, les famines, les révolutions, sa grandeur fera parler le monde entier et attirera toujours plus de nouveaux travailleurs, de nouveaux fêtards, de nouveaux résidents. Jusqu'à aujourd'hui. Jusqu'à ce qu'on ne tue sa liberté, sa fête et son art, en somme, tout ce qui faisait son essence.

(Source : https://fr.wikipedia.org/)

 

Tous mes amis sont partis, mon cœur a déménagé.

Depuis la crise du Covid, c'est la débandade pour s’échapper de Paris. Ça part de tous les côtés. En une année j'ai vu fuir (en plus de moi-même, bien entendu) pas moins d'une trentaine de mes connaissances parisiennes pour la province ou l’étranger. Tout le monde craque. Tout le monde veut se barrer. Et le plus vite possible. Si j'ai trois ou quatre potes qui m'ont rejointe à Marseille, d'autres ont choisi Bordeaux, Biarritz ou le nord. Et il y a aussi les courageux qui ont carrément quitté le continent pour les Antilles, la Réunion ou le Mexique. C'est bien simple, 80% de mes amis sont soit partis, soit ont pour projet de le faire. Les premiers à avoir pu concrétiser leurs désirs étant ceux venant des secteurs de la restauration et de l'art ou exerçant une profession libérale. Les autres, les malchanceux coincés par leur travail, prennent leur mal en patience, eux, mais n'en pensent pas moins. Quant à moi, je remercie le ciel tous les jours d'avoir pu m'échapper il y a plusieurs mois de ça.

 

Paris connaît un exode massif, classe moyenne et jeunesse en tête.

Si depuis 2011, bien avant le Covid, donc, Paris comptait, déjà, en moyenne, 12000 habitants de moins par an, cette année la décrue s’accélère. Si avant le Covid, environ 8% des parisiens émettaient concrètement le souhait de se barrer, aujourd'hui, ils seraient 15%, soit un bon d'environ 70% après Covid. (source : https://www.lefigaro.fr/economie/). Si nous n'avons pas encore les chiffres des départs de 2021 il est donc fort à parier qu'il va largement dépasser les 12000 habituels. Un petit indice nous est donné par l’éducation nationale. À Paris les classes se sont vidées. 6000 écoliers ne sont pas revenus en septembre dernier. Soit 5% de baisse de fréquentation à Paris, tout arrondissement confondu. C'est du jamais vu.

(source : https://www.elle.fr.)

Selon les Échos, ce serait les cadres qui souffriraient le plus de leur environnement. Puisque 8 d'entre eux sur 10 se disent prêts à quitter la capitale au plus vite. En mars 2021, on dénombrait carrément 1/5 de cadres ayant sauté le pas, en cherchant en province d'autres offres d'emplois. (source : étude Cadre Emploi pour https://start.lesechos.fr/).

 

 

Les raisons de ce désamour.

Mais alors pourquoi une accélération si forte et soudaine de ce taux de départs ? Oh, bah, c'est clair, c'est le Covid pardi, enfin plutôt la gestion du Covid par nos politiques.

Déjà, avant, si on veut être tout à fait honnête, ça commençait bien à soûler Paris, quand même. En plus du prix exorbitant des loyers, des courses et des sorties, y'avait les amendes pour tout et n'importe quoi, tout le temps. Stationnement, voie de bus, ticket de métro ou Pass Navigo oublié, radars, mégot jeté, tapage nocturne et j'en passe.. tout était matière à te ponctionner. Mais encore, si ce contrôle permanent nous avait apporté plus de sécurité, bon là on se serait p'tet pas autant plaint, mais QUE NENNI. Pour te balancer ou te prendre ton fric y'avait du monde mais quand tu te faisais agresser dans le métro à minuit, ah bah là, y'avait plus personne. Ah, la mentalité parisienne, dans laquelle il fait bon balancer ton voisin quand il met la musique un peu trop forte mais dans laquelle on n'a pas le courage de sauver une nana qui se fait violer. Puis, y'avait la culture du travail aussi, bien particulière à la ville. Si t'avais le malheur de vouloir respecter tes horaires légaux, t’étais mal vu. Si t'avais le malheur de te montrer trop sympa avec les clients, t’étais mal vu. Si t'avais le malheur de dire que ton boss te parlait comme à un chien, t’étais mal vu. Bref, t’étais mal vu, quoi. Cette atmosphère qui ne se ressentait pas qu'au boulot, d'ailleurs. Ah, que c’était agréable de voir tout le monde tirer tout le temps la gueule, râler, s’agresser, se juger ou se pousser dans les escalators parce que ça n'allait pas assez vite. Et puis les attentats, et puis le métro dégueulasse, et puis les rats, et puis les RER bondés et constamment en retard, et puis la surpopulation, et puis les embouteillages, et puis le mauvais temps, et puis la pollution, et puis la dépression. Enfin bref, ouais, même avant Covid, Paris ça ne faisait déjà pas rêver.

MAIS, tout ça c’était compensé par la liberté, la fête, l'art, la culture, les rencontres et la convivialité que tu pouvais trouver quand tu sortais. Et franchement, ça valait bien la peine de subir tout le reste. Je ne me suis jamais sentie aussi bien qu'à Paris, à danser sur de la techno que t'entends nulle part ailleurs, entourée de mes freaks que j'avais mis si longtemps à trouver. Et juste ça, oui ça, ça me faisait tenir. Et je ne pense pas être la seule.

Sauf que depuis le Covid y'a plus rien de tout ça et le reste s'est empiré. Les clubs, les musées, les salles de concert ont fermé. Et même quand certains trucs ont rouvert ça n'a plus jamais été pareil. Aujourd'hui, t'as plus le droit d'aller à une expo sans avoir réservé, et ça, c'est si t'as de la chance et que c'est pas déjà complet à cause des jauges. Les teufs, elles, sont bien souvent annulées par la préfecture sans de réelle raison valable, juste parce que c'est sur la jeunesse qu'on aime bien taper en premier. Et quand elles sont maintenues, de toute façon tu ne t'amuses pas, puisque t'as soit pas le droit d’être debout, soit la musique est constamment contrôlée. Le stress, la peur et la dépression se fait sentir partout. Tu dois porter le masque constamment, même dehors, ou dans le métro dans lequel tu ne peux plus respirer. Didier Lallement, le préfet, si cher à mon cœur, a fait des policiers des chiens de garde enragés et non plus des gardiens de la paix. Toutes les manifestations sont réprimandées, les restaurants, les cafés sont constamment contrôlés, t'as plus le droit de faire la fête chez toi, même quand c'est légal, car ils trouvent toujours le moyen de t’arrêter pour mise en danger. T'as plus le droit de te réunir à plus de dix nulle part sans être matraqué, et même les parcs sont évacués. Enfin bref, t'as plus le droit de rien quoi. À part promener ton chien, rester chez toi et fermer ta gueule.

Alors ouais, Paris avant Covid c’était déjà pas tout rose, mais depuis la crise ton environnement c'est carrément devenu une prison de 9 mètres carré. Tu m'étonnes que tout le monde se barre.

 

 

La solution est ailleurs

Et bah voilà leur plan a fonctionné, Paris se vide car elle ne fait plus rêver. Tu vas me dire, c'est bien, c’était surpeuplé. Sauf qu'elle ne se vide pas équitablement, et cela va ne faire que creuser, à terme, de plus grandes inégalités. Car si les jeunes actifs, les artistes et les familles se barrent, les vieux réac, les grosses fortunes et les énarques, eux sont bien là et comptent y rester, avec leurs privilèges et leur ville bien gardée. Et malheureusement pour eux, les pauvres eux ne peuvent pas bouger. Que va devenir cette ville s'il ne reste que les très riches et les très pauvres ? À quoi va-t-elle ressembler ? Quelle attractivité va-t-elle continuer à avoir sans les impôts de la classe moyenne et sans les créations de la jeunesse et des artistes ? Sans l’atmosphère si spéciale que donnait cette population hétéroclite ? Les touristes auront-ils envie de venir pour se faire seulement racketter ? Personnellement ça ne me donne, en aucun cas envie, d'y retourner. C'est si dommage, cette ville était si belle même dans ses imperfections, mais je ne suis pas sûre qu'elle reprendra de sa superbe un jour, j'ai bien l'impression que quelque chose a cassé. Même si Paris telle qu'elle a été me manque et que je reviendrai y voir mes amis qui restent et y faire la fête, de temps en temps, je suis loin d'être certaine de revenir un jour y habiter. Car je ne pense pas que l'on puisse ensuite inverser le cercle vicieux, du moins pas avant des décennies. En revanche, je suis sûre d'une chose : l'attractivité va se déplacer et les autres villes vont en profiter.

Dejar un comentario

Por favor tenga en cuenta que los comentarios deben ser aprobados antes de ser publicados