Le Coin de France

  • Avant, j'étais une junkie

    Alors, certes, je parle de drogue assez souvent et j'en parle plutôt de façon positive d'ailleurs, car je pense toujours qu'à petite dose ça peut être hyper bénéfique (vraiment toute petite dose hein, et seulement certaines) MAIS aujourd'hui, je voudrais vous parler de l'autre facette de la drogue, celle beaucoup plus dark, celle qui vous plonge dans les ténèbres les plus profondes, celle qui vous rend addict, celle dont j'ai vraiment abusé.
  • Avant, j'avais toujours raison

    Car, d'une, j'avais toujours le bon raisonnement en tête (of course), de deux, le bon choix des mots pour l'expliquer, mais surtout, de trois, je faisais toujours en sorte qu'on ait envie de m’écouter.
  • Avant, je rejetais les gens

    Aujourd'hui, je vais vous raconter une petite histoire. 

    Avant, j’étais une star. 

    Roh ça va... on peut même plus rigoler.

    Evidemment que (même si c'est, bien entendu, vrai) c'est pas le sujet.

    Le sujet c'est : « avant, je rejetais les gens ». Mais, vous allez comprendre, qu'en vérité, c'est lié.

  • Avant, j'étais parano

    Alors que je me demandais régulièrement si des gens étaient capables d'avoir installé des cameras chez eux, si mon ex avait planqué un mouchard dans mon tel (marche aussi avec des micros dans mon salon), si le voisin se collait l'oreille régulièrement contre la ventilation dans l'espoir de me choper (en train de me droguer) ou encore, si l'inconnu, là, dans la rue, avait été envoyé pour m'espionner, bah je ne disais rien à personne de mes doutes et angoisses incessantes car je savais bien pour quel genre de personne on me prendrait.
  • Avant, j'étais raciste

    Pendant près de 28 ans, persuadée d’être dans le vrai, j'ai donc défendu corps et âme mes idées, avec tous les interlocuteurs possibles (j'ai même essayé de convaincre des individus racisés, c'est dire ma détermination) afin que les gens ouvrent les yeux : les étrangers, de part leur origine, leur éducation, ou leurs valeurs, attentaient à nos libertés et nous mettaient en danger.
  • Avant, je contrôlais tout

    J'avais analysé tous les types de cerveaux et de personnalités pour pouvoir m'y adapter, avais étudié toutes les maladies, connaissais toutes les lois de mon pays, et les issus de secours partout où j'allais. J'avais appris à réagir à toute éventualité : terroristes, flics, mecs bourré. Et je savais même me couper de mes émotions pour le jour où l'un de mes proches mourrait.
  • Avant, j'étais une manipulatrice

    Ah, que la vie était facile quand je manipulais. Je ne me retrouvais jamais en situation de faiblesse, on ne pouvait jamais vraiment savoir ce que je pensais ou qui j’étais. Dès que quelqu’un voulait m'attaquer, suffisait que je convainque 2 ou 3 personnes autour pour le diffamer, que je séduise ses potentiels soutiens, ou encore, que j’appuie directement sur les points faibles dudit coupable pour le rabaisser.
  • Avant, j'étais une FOMO

    Pendant de longues et merveilleuses années, je fus ainsi, connectée H24 à mon téléphone, à l'affut du nouveau message, du nouveau groupe, du nouvel événement. Constamment à la recherche de la teuf de plus en plus parfaite. Continuellement en train d'alimenter mon réseau pour ne pas être écartée.
  • Avant, j'étais parfaite

    Parfaitement belle. Parfaitement gentille. Parfaitement marrante. Parfaitement attentionnée. J'avais toujours un petit mot pour faire rire ou une petite attention pour aider. Corps parfait, ongles manucurés, poils épilés. On n'est surtout pas salope et l'appartement est propre et bien rangé.

  • Avant, j'aimais avoir mal

    Ces mêmes garçons à qui j'allais demander bien assez tôt de m'insulter, de me frapper et de m’étrangler « tu t’arrêtes juste avant que je meurs » je disais. Ne voyant pas le problème et traitant de faibles ceux qui refusaient.
  • Avant, j'étais tout le temps pressée

    Alalala, qu'est-ce que ça pouvait me rendre fière d’être si pressée. Je me couchais après chaque journée bien remplie, pendant laquelle j'avais effectué les tâches de ma liste, avec la satisfaction du travail accompli. Fière comme l’auraient été mes parents s'ils m’avaient vue. Fière d'avoir été une bonne petite fille sage et disciplinée.

  • Avant, j'étais une grosse rageuse

    Le genre de rageuse qui manigance des stratagèmes machiavéliques dans le but de se venger de la voisine qui fait trop de bruit, qui monte tout un plan sordide pour faire payer un ex l'ayant quittée, ou encore, qui prend un malin plaisir à rabaisser quelqu'un qui aurait eu l'outrecuidance de la doubler dans la queue du supermarché.