Avant, j'avais toujours raison

Aujourd'hui, je vais vous raconter une petite histoire.

Avant, j'avais toujours raison.

 

C’était hyper cool d'avoir toujours raison. Ça me rassurait sur mes choix de vie, sur la personne que j’étais.

 

Si je n’étais pas, bien évidemment, experte dans tous les domaines, dans ceux tels que la résilience, l'organisation, ou encore, les mécanismes du cerveau humain, on ne me contredisait jamais.

 

Car, d'une, j'avais toujours le bon raisonnement en tête (of course), de deux, le bon choix des mots pour l'expliquer, mais surtout, de trois, je faisais toujours en sorte qu'on ait envie de m’écouter.

 

C’est la base de la communication après tout, savoir capter. 

 

J'avais donc, aussi, toujours la bonne technique de séduction pour captiver. Comme faire appel à l'empathie de la personne en face, détendre avec de l'humour, ou encore se montrer de confiance. Enfin, peu importe, du moment que ça fonctionnait.

 

Bon, mais y'avait quand même quelques récalcitrants, ils se montraient rares, mais ça arrivait.

 

Mais siiii, vous savez, les gros ego persuadés d'avoir toujours raison, qui n’écoutent jamais.

 

Oui, comme moi, voilà, tout à fait.

 

Pour eux j'usais donc de manipulation et autres stratégies. Ah, bah, je me mettais à leur niveau, hein, comment pouvait-on me le reprocher ?

 

En gros, ça consistait à appuyer sur leurs points faibles, afin qu'ils doutent d’eux-mêmes et donc, de leur jugement, pour ainsi, mieux les déstabiliser.

(Mais bon, on ne va pas rentrer dans les détails, je vous ai déjà parlé de ce petit, tout petit, léger, trait déviant de ma personnalité...)

 

Et puis, pour les mechants vilains pas beaux qui m'attaquaient, là (vu qu'ils le méritaient) je jouais à leur « loi du plus fort » et me montrais encore plus impressionnante qu'eux. Pour qu'ils cèdent, j'aboyais, moi aussi, comme une chienne enragée.

 

 

Bien entendu, vous vous doutez que c'est toujours moi qui gagnais. J'étais la reine de l'intelligence relationnelle, je réussissais à tous les convaincre, personne ne me résistait,

 

Comment pouvait-il en être autrement, puisque j'avais raison. Je le savais.

 

Mais un jour, après 34 ans de batailles victorieuses, quelque chose d’étrange s'est passé.

 

Alors que je m’étais crée une bande de potes me ressemblant sur beaucoup de points, pour la première fois de ma vie, je n'ai pas gagné.

 

Ils ne voulaient pas en démordre les saligots ! J'avais tort ! Ils en étaient persuadés.

 

Malgré toutes mes tentatives, après avoir essayé toutes les méthodes, rien à faire, je n'arrivais pas à les convaincre de continuer à m’écouter.

Pourtant ils n'avaient pas de discours construits, comme le mien, de raisonnements solides, ou encore de faits prouvés. Ils disaient juste que j'avais tort. Point. Sans même essayer d'argumenter.

 

D’habitude je me serai donné raison (puisqu'ils n'avaient pas réussi à me prouver le contraire, c’était facile) et les aurais lâchement abandonnés, gardant de la rancoeur à vie pour ces connards ne voulant pas m’écouter.

 

Mais il y avait un problème de taille m'en empêchant : je les aimais.

 

Désespérée, j'ai donc pour la première fois, bien voulu faire un effort pour essayer de les comprendre, toute seule comme une grande, sans qu'ils m’expliquent, puisque de toute façon tant que je n'avais pas compris, ils ne voulaient plus me parler.

 

Et là, en cherchant des arguments contraires aux miens, qu'ils n'arrivaient pas, eux, à verbaliser, j'ai commencé à réaliser qu'ils avaient peut-être raison, que peut-être, il y avait une manière différente de la mienne, mais tout aussi valable, de raisonner.

 

Aie...

 

Mais s'ils avaient raison, c'est que moi j'avais tort ? Mais, non, j'avais raison, j'en étais persuadée !

 

Ou alors, était-il possible qu'il y ait plusieurs vérités ? Mais on ne me l'avait jamais dit ! Du moins, je n'avais jamais écouté.

 

Bah, je peux vous dire que ce jour-là, j'ai cru mourir, littéralement, car ce jour-là, mon monde s'est écroulé.

 

Car quand l'une de tes croyances les plus ancrées tombe, d'un coup tu comprends que, peut-être, d'autres choses auxquelles tu crois pourtant à 1000%, ne sont pas vraies.

Et c'est alors toute ton existence qui est remise en question. C'est un peu comme tu mourrais.

 

Mais vous savez quoi ? Au lieu de mourir il s'est passé un truc merveilleux, je me suis éveillée, et la suite vous la connaissez.

 

J'ai commencé ma nouvelle vie, la vraie, celle dans laquelle on n'a pas toujours raison, celle dans laquelle on ne sait rien, celle dans laquelle on ne se bat pas pour défendre ses idées.

 

Pendant cette période de remise en question intense j'ai compris que si je me battais autant pour avoir raison c'est parce que je pensais qu'avoir tort me rendrait faible, et qu’être faible me tuerait.

Et j'ai surtout compris qu'on faisait tous pareil. Et que c'est pour ça qu'on passait notre vie à nous entre-tuer.

 

Aujourd'hui, j'ai compris que le monde est rempli d'individus aux prismes différents et que ce n'est pas parce qu'ils ne pensent pas comme toi, et qu'ils le disent, qu'ils ont tort ou qu'il faut se sentir attaqué. Ils essaient juste, probablement, comme toi, maladroitement, parce qu'ils pensent inconsciemment que leur vie est en jeu, de défendre leurs idées. Et qu'on a juste tout simplement, tous, notre propre vérité.

 

Aujourd'hui, quand je pense quelque chose, dont je suis presque (et non plus a 1000% (ça change tout)) persuadée, mais qu'en face on commence à rentrer dans l’attaque, je ne me bats plus pour avoir raison, et je m'en vais.

 

Car dans le fond, qu'est-ce qu'on s'en fout d'avoir raison ? Est-ce que ça mérite de se faire du mal ? De s’énerver ?

 

Si les faits sont les faits, le raisonnement, les idées qui sont dans ta tête ne sont que des interprétations et la différence d’opinions est censée nous faire évoluer, pas nous blesser.

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