Avant, j'étais une junkie

Aujourd'hui, je vais vous raconter une petite histoire.

Avant, j’étais une junkie.

 

Bon, alors, vous allez me dire « euh ouais, grande nouvelle meuf, tu parles de drogue H24, t'as cru qu'on n’était pas au courant ? »

 

Alors, certes, je parle de drogue assez souvent et j'en parle plutôt de façon positive d'ailleurs, car je pense toujours, qu'à petite dose, ça peut être hyper bénéfique (vraiment toute petite dose hein, et seulement certaines) MAIS aujourd'hui, je voudrais vous parler de l'autre facette de la drogue, celle beaucoup plus dark, celle qui vous plonge dans les ténèbres les plus profondes, celle qui vous rend addict, celle qui peut vous tuer, celle dont j'ai vraiment abusé.

 

Aujourd'hui, je vais vous parler de ma (très, très forte) dépendance à la cocaïne qui m'a suivie (et qui, de la même manière qu'un alcoolique restera à jamais un alcoolique même sevré, me suivra toujours) pendant près de 15 années.

 

 

 

Tout a commencé à 18 ans, dans les chiottes de mon IUT.

 

C'est moi qui avait insisté pour en prendre, je voulais tester.

 

Au début, j'en prenais juste en soirée comme ça, ça me faisait pas grand chose, j’étais même assez déçue d'ailleurs, et puis, très vite, j’ai rencontré un garçon qui a tout fait basculé.

 

Je le cherchais depuis longtemps celui-là, ça faisait bien une dizaine d'années que je n'avais pas eu le temps, ni le droit de penser à moi, rien qu'à moi. Alors quand je l'ai enfin rencontré, 2 mois après avoir, pour la première fois, testé, je me suis sentie soulagée. Enfin, j'allais pouvoir me détruire, enfin, j'allais pouvoir me libérer.

 

Alors que je démarrais ma relation aussi belle et passionnée que violente et malsaine, je profitai rapidement et allégrement de toute la cocaïne qu'il vendait.

 

Pour la première fois, on ne me limitait pas dans la quantité, on en avait même à revendre si vous me permettez la mauvaise blague. Et je ne me privais point d'en consommer.

 

De mes 3 traces (on disait "traits" d'ailleurs, à l'époque) par semaine le samedi en soirée, je passai donc, en moins de 2 semaines, à 1 ou 2 grammes par journée (ah, ça va vite quand on la paye pas, hein) bien trop heureuse d'avoir enfin trouvé le moyen d'oublier mon passé.

 

Alors que j’étais une étudiante en alternance pas trop mauvaise et assidue (bien que totalement ennuyée) je commençai rapidement à m'absenter.

 

 

C'est à dire qu'au bout du 5ème jour sans dormir, tu choisis pas quel jour de la semaine tu vas t'effondrer.

 

Du coup, pour faire bonne figure, et désormais incapable de ne pas consommer, je me suis mise à venir défoncée.

 

Erreur fatale.

 

Alors que je faisais mon alternance dans une banque, ma directrice commença à s’inquiéter.

 

Ne mangeant plus qu'une soupe tous les 2 jours environ, j'avais perdu beaucoup de poids, mes joues commençaient à se creuser et mon teint à devenir livide. La drogue me crispait tellement la mâchoire que je bégayais devant les clients et puis, bon, aussi, je descendais littéralement toutes les 30 minutes aux toilettes pour taper, on a connu comportement plus discret.

 

Ça n'a évidement pas tenu plus de quelques semaines, et j'ai fini par arrêter la banque, l'IUT et mon petit job le week-end dans un café.

 

Et la descente aux enfers s'est encore un peu plus accélérée.

 

N'ayant plus de contraintes d'horaires ou de discrétion (je bossais dans un bar de nuit où tout le monde se droguait), je suis passé de 2 grammes par jour à environ 5 grammes par journée (oui, c'est possible (et oui, je me suis, depuis, fait refaire le nez)).

 

C'est bien simple, il n'y avait que quand je dormais que je ne me droguais pas, et encore, ça n'arrivait vraiment que quand je m’écroulais. Alors qu'à peine 4 mois auparavant je n'y avais jamais touché, dorénavant, tout ce que je voulais c’était prendre de la cocaïne, tout le temps, partout, y'avait plus rien d'autre qui comptait.

 

Même mon ex, pourtant coutumier des faits, commençait à se faire du mouron pour moi et tenta de me faire diminuer.

 

Mais, j'avais enfin trouvé le remède à mes souffrances, rien n'y personne ne pourrait me faire arrêter. Je commençais même à compter, dans le cas où il me quitterait, combien de grammes je pouvais me payer avec mon salaire après avoir réglé mon loyer.

 

Dès qu'il me rationnait, je devenais une horrible personne, je hurlais, le frappais, je réclamais ma dose, comme une vraie belle camé.

 

Pendant 1 an je pris de la cocaïne chaque jour que dieu a fait, le matin à peine réveillée, au boulot, en soirée, puis en after, en famille, en vacances, enfin bref, partout où j'allais. J'en ai même pris (j'ai honte) dans la salle de bain de chez ma mère (que j'ai visité 1 fois dans l'année), à Eurodisney dans lequel j'avais emmené mon petit frère âgé alors de 9 ans (j'ai vraiment honte) et juste avant, et après, m’être fait opérer.

Je pense que pendant ces douze mois, pour ne pas ressentir le manque, j'ai dû en prendre à une fréquence de 1 (énorme) trace toutes les demi heures à peu près.

Pour vous dire à quel point je ne pouvais pas m'en empêcher : même dans les transports en commun, trop longs, je trouvais toujours un moyen pour en consommer.

 

J’étais dans une telle détresse quand je sentais que je ne pourrais pas en prendre à cause d'un contretemps, parce qu'il n’y avait pas d'endroit adéquat, ou parce qu'il n'y en avait plus tout simplement. Mon cœur se serrait, mon cerveau se remettait à tourner à mille à l'heure, j'avais l'impression de mourir, vous ne pouvez pas imaginer.

Savoir que mon pochon se trouvait bien en sécurité dans ma poche, (assez conséquent pour tenir tout le temps où j'étais hors de chez moi (où il y en avait à foison)) me rassurait au plus au point et je ne m'imaginais pas ne plus pouvoir en prendre un jour, préférant crever plutôt que d’arrêter.

 

 

 

Jusqu'au jour où mon ex décida qu'il était temps de vraiment me calmer et qu'il me coupa les vivres, excédé. Alors que je venais de fêter mes 20 ans, toutes mes peines que j'avais soigneusement anesthésiées, tout mon mal-être, remontèrent à la surface pour me rappeler à quel point, dans le fond, je souffrais.

 

Désemparée, je le quittai (nan, parce qu’il était violent, en prime) et racontai tout à ma madré (c'est vraiment que pour la rime, pardonnez-moi). Celle-ci m'envoya en cure chez ma sœur dans le sud de la France et le sevrage pu démarrer.

 

Ce fut la pire période de ma vie. D'une, je devais me remettre de ma rupture et de tout ce que j'avais subi pendant cette année, mais, en plus, je n'avais plus rien pour m'apaiser.

 

La vérité c'est que, toute ma vie, j'avais été dans une situation d'angoisse permanente, puis, on m'avait offert le remède pendant plusieurs mois, puis, on me l'avait enlevé.

 

Tout me sembla noir, mon nouveau boulot à Aix-en-Provence (du coup, je déteste cette ville), mes nouveaux amis, la colocation avec ma sœur, je trouvais tout à chier. Je pleurais pour rien, m’énervais tout le temps, mon ventre se tordait de douleur dès que j'y pensais, bref, j'avais qu'une envie : me suicider.

 

Jusqu’à ce que je trouve un autre dealer et que je puisse recommencer.

 

(Car non, désolée les gars, mais, aujourd’hui, y'a pas de prise de conscience fulgurante suite « craquage qui a tout changé » : la cocaïne, en fait, j'ai jamais vraiment réussi à arrêter.)

 

Mais, le fait d'avoir été contrainte et forcée d’arrêter pendant quelques temps m'avait tout de même mis face à une réconfortante réalité : je pouvais m'en passer.

 

Et ce jour-là, le jour où j'en ai repris pour la première fois, après 1 ou 2 mois de sevrage, seule, cachée dans la cuisine de ma sœur, effrayée à l’idée qu'elle puisse se réveiller, je me suis mise à culpabiliser et je décidai que la cocaïne ne devait plus me contrôler.

 

J'avais compris. J'avais compris pourquoi j'en prenais et j'avais aussi compris que je méritais de m'en sortir. Que je méritais de vivre, qu'il y avait des gens qui voulaient m'aider, que, contrairement à ce que je pensais, ma famille m'aimait.

 

Si je m’étais plongée dans la cocaïne c'est parce que j'avais beaucoup trop de souffrances à apaiser. Et je dois dire qu'elle m'avait bien aidée.

 

La cocaïne, j'en avais eu besoin et peut-être qu'un jour sans elle, même sans elle, bah, je me serai suicidée. La vérité c'est que je cachais beaucoup trop d'angoisses en moi et que mon inconscient me poussait à les extérioriser en me mettant dans des situations de grande fragilité. Car, grâce à sa forte capacité à te désinhiber et à te donner envie de parler, chaque soirée appart se transforme en séance psy qui te fait, en vrai, le plus grand bien (sur le coup, du moins) on ne peut le nier.

 

Mais maintenant que j'avais pris conscience de certains traumatismes occultés, je ne voulais plus prendre un remède éphémère aux effets plus qu’indésirables, maintenant, je voulais, seule, avec mon petit courage et du travail sur moi, me soigner.

 

 

Et la lutte, la vraie lutte a commencé.

 

Parce qu'une fois qu'on a goutté à cette situation de facilité qui te fait, en quelques instants, tout oublier, je peux te dire qu'il est très difficile, quand ça ne va pas, de ne pas y retourner.

 

À force de résilience (bon, et aussi, de manque d'argent, car si j’étais vite revenu avec mon ex violent, il n'en vendait plus (sous mes recommandations) et donc, quand tu te la payes, forcément, t'es un peu plus restreint) et de travail pour apprendre à [j'allais dire réconforter, mais à l'époque c'était plutôt "nier"] mes peines de l'enfance, je me suis rendu compte que j’étais quand même bien mieux (en tout cas, moins mal) quand je n’étais pas en situation de manque, et que je pouvais, de plus en plus, souvent m'en passer.

 

Pendant des années, luttant encore contre mes trauma non réglés, j'ai bataillé pour ne plus être addict à cette merde mais je dois dire que les rechutes se montrèrent extrêmement nombreuses et que j’avançais vraiment par toutes petites, mais vraiment de toutes petites, foulées.

 

Je ne compte plus le nombre de nuits blanches, essentiellement passées à taper seule chez moi, puis à vivre les pires descentes (pendant lesquelles toutes tes angoisses enfouies AINSI que la culpabilité de t'être droguée  remontent à la surface) pendant des heures interminables avant d'aller travailler (si j'y allais). Je ne compte plus le nombre de dealer que j'ai appelé à 10heures du mat parce que la simple idée qu'il n'y en ait plus me tordait le vendre de douleur. Je ne compte tout l'argent que j'y ai dépensé pour, les jours suivants, passer toutes mes journées à regretter.

 

Et puis, j'ai rencontré un remède bien plus sain à mes insécurités.

 

Pendant 7 ans, je suis restée en couple avec quelqu’un qui n'en prenait pas, mais qui, surtout, me rassurait, et ça a (pendant un temps) tout changé. Pendant 7 ans, je réussis à me limiter à 1 week-end de temps en temps, pendant lequel j’extériorisais toute ma frustration en prenant plusieurs grammes en quelques heures, puis je revenais à la vie normale, reboostée. Avec lui j'ai même réussi à ne pas en prendre pendant 8 mois, juste parce que j'avais oublié !

 

(C'est la seule fois depuis mes 18 ans où j'ai réussi, aussi longtemps, à ne pas y toucher.)

 

Mais à 30 ans, aussitôt qu'il m'eut quitté, je me retrouvai seule face à mes terreurs et j'y suis très vite retombée.

 

Le bonheur et l'apaisement, avaient été, finalement, à l’échelle d'une vie, de bien courte durée.

 

Pendant 1 an et demi, n'acceptant pas l’échec de la rupture et ayant de nouveau perdu confiance en la vie, j'en ai repris à outrance, et je me suis vue repartir dans mes anciens travers, désemparée.

 

Pendant près de 2 ans, alors que j'avais 30 ans passé et même si j'étais beaucoup moins dans l'autodestruction qu'à mes 20 ans (et que je ne gâchais plus ma vie pour ça (quoique)) je passai tout de même toutes mes paies dans la cocaïne, toutes mes soirées à en taper et je choisissais même, maintenant, mes mecs en fonction de leur capacité à en consommer.

 

Mais une petite voix au fond de moi (et ma famille, aussi, à qui je ne le cachais plus) me disait que je ne pouvais continuer et je me suis donc mise à chercher le mécanisme à l’œuvre dans le fait de ne pas réussir à m’arrêter.

 

Parce que je voyais bien que mon rapport à la cocaïne n'était pas le même que la plupart des gens. Si avec le temps, j'avais réussi à ne pas commencer (à savoir : ne pas en acheter) en revanche, je n'arrivais toujours pas à ne pas la finir (ou à recommander) quand y'en avait. J'étais toujours celle qui insistait pour en reprendre alors que la journée était déjà bien entamée, toujours celle qui voulait plus, toujours celle qui n'arrivait pas à arrêter. (Et d'ailleurs, j'arrêtais uniquement parce qu'avais honte de ce que mes amis pouvaient penser.)

 

Et c'est là que j'ai compris que ça me rassurait. Que j'avais surement une propension à me sentir angoissée plus forte que les autres. Et que si je voulais ne plus en avoir besoin je devais cesser de me mettre dans des situations d’insécurité.

 

J'ai alors pris une décision tout à fait cocasse. Je me suis autorisée à en prendre autant que je le voulais sans culpabiliser (tout me promettant de ne plus gâcher mes journées).

 

C'est ainsi que je venais au travail, un lundi, un gramme dans la poche, sans une once de regret, c'est ainsi que je me rendis à mes rendez-vous médicaux défoncée au lieu de les annuler, c'est ainsi que je n’essayais même plus de me cacher.

 

 

Je me suis tout autorisé.

 

Et comme je le pressentais, c'est comme ça que j'ai finalement, petit à petit, réussi à me désintoxiquer.

 

Car je n'avais plus besoin d'oublier ma culpabilité.

 

Sans mec pour me rassurer, sans médocs ou sans alcool pour compenser, vraiment toute seule, juste en arrêtant de me juger.

 

Je ne vous raconte pas la fierté que j'ai ressenti la première fois, où, j'en ai carrément refusé !

 

Un combat vieux de près de 14 ans était en train de se terminer !

 

Bon, alors, après, évidemment, mon combat contre la drogue ne s'est jamais vraiment arrêté, j'ai continué à consommer des psychotropes (et j'en ai d’ailleurs, par période, beaucoup trop abusé aussi) et même de la cocaïne de temps en temps, parce qu'il y avait toujours un vide que je ne ne réussissais pas à complètement combler, mais je le savais, au fond de moi, mon rapport à la drogue avait changé.

 

Car j'arrivais à la contrôler !

 

Mais ce qui a vraiment tout bouleversé c'est quand j'ai entrepris, il y a 2 ans (donc environ 2 ans après ma première prise de conscience) de m'aimer, et je peux même, depuis, compter sur les doigts de mes mains (oui, les deux quand même, hein, je vais ne pas mentir, mais bon ça reste une énorme avancée) le nombre de fois où je me suis droguée.

 

Car, au-delà de ne plus me créer d’insécurités, j'ai surtout, réussi à soigner ma tendance à l’insécurité (et ça change touuuuut).

 

Si avant j'avais réussi à m'en sortir en comprenant comment je fonctionnais et à m'y adapter en me contrôlant, aujourd'hui, j'ai réussi à carrément changer ma façon de fonctionner. En rassurant (et en pardonnant) l'enfant en moi, qui ne l'avait jamais été.

 

En m'aimant j'ai appris à aimer la vie, à aimer être en vie tout court, à vouloir prendre soin de ma santé, à vouloir ne plus passer une journée fatiguée, à ne plus me sentir triste aussi, à remplir ce vide jamais comblé, enfin bref, à me sentir apaisée.

 

Et du coup, quand on se sent apaisé, bah, en fait, on n'a plus envie de se défoncer. (CQFD)

 

Alors, bien-sûr, j'aime toujours la drogue et je ne nierai jamais qu'elle m'a aidée à comprendre pleins de choses chez moi et à, finalement, faire tomber les barrières que je me mettais, mais, je ne la consomme plus de la même façon. J'ai compris sa dangerosité si on en abuse, et aujourd'hui, ce n'est plus une échappatoire mais plus, une façon de m’élever.

 

Évidemment, le chemin n'est pas terminé et je suis bien consciente que j'ai encore des problèmes d'addiction parfois, parce que je n'ai pas totalement fini le travail sur moi, mais ils sont de plus en plus rares et je suis super fière du chemin que j'ai parcouru, car aujourd’hui, la cocaïne (et la drogue en général) arrive vraiment en tout, tout dernier, sur ma liste de priorités.

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