Le narcissisme est-il vraiment mauvais ?

 

Pour ceux qui me suivent via Instagram vous avez vu que, récemment, j'ai très mal pris la remarque d'une (enfin, plusieurs) personne me reprochant mon narcissisme. Je l'ai très mal pris pour deux raisons : d'abord, parce que je pense que c'est, en réalité, faux, du moins si on prend la définition populaire (mais erronée, on y reviendra) du terme : puisque je ne pense pas, ni m'aimer, ni aimer mon image. (Du moins, mal, je suis en train d'apprendre à me stabiliser, mais le travail n'est pas terminé) et ensuite, parce que même si c’était vrai, je ne vois pas où est le problème. Au contraire, j'aimerais bien m'aimer plus, moi. Et même si je devais m'aimer à outrance, ça dérangerait qui en vrai ? Est-ce que trop s'aimer fait du mal à autrui ou, même, à nous-même ? On associe le narcissisme à quelque chose de mauvais mais l'est-ce vraiment ?

 

En réel questionnement, je suis allé me renseigner.

Tout d'abord, j'ai posé la question à mon thérapeute.

Ce qu'il m'a répondu ne m'a pas vraiment plu, si je dois être tout à fait honnête. Ça m'a vexée comme un pou. Mais en même temps, il n'est pas là pour me passer la pommade mon thérapeute, mais pour me faire évoluer. Et puis, je lui fais entièrement confiance, donc, je l'ai écouté. Oui, je suis narcissique a-t'il répondu, du tac au tac. Ça ne fait pas de doute. Et, oui, aussi, ce n'est pas bien d’être narcissique.

Bon OK. Mais quand je lui ai demandé pourquoi, pourquoi ce n’était pas bien, bah il s'est un peu embrouillé. Il n'avait pas de réelle réponse à m'apporter. Il a fini par conclure que ce n’était pas un problème, à condition que ce ne soit pas dans l’excès.

Mais qu'est-ce ça veut dire « dans l’excès » ? Où placer la limite ? Et puis, qui la pose ? Est-ce que la limite c'est faire du mal à autrui ? À nous-même ? Qu'entendons-nous, souvent, quand on parle de narcissisme ? Est-ce que c'est quelqu’un qui montre qu'il s'aime ? Ou quelqu’un qui s'aime vraiment ? Car ce n'est pas tout à fait pareil. Et quand bien même, cette personne s'aimerait vraiment mais qu'elle ne délaisserait pas les autres, a-t'elle le droit de s'aimer ? Et si oui, dans quelle mesure ? Qu'est-ce que « trop s'aimer » ?

 

Explications

Bon déjà, quand on essaie de trouver une définition commune au narcissisme, ça s'embrouille dans tous les sens. Philosophie, psychologie, psychanalyse, psychothérapie, aucune discipline n'est d'accord sur le sujet. Ça commence bien. Oooook ça va pas être pas être simple à décortiquer.

 

Selon le Larousse, le narcissisme est un amour excessif porté à l'image de soi.

 

Pour la psychanalyse, c'est un investissement du sujet sur lui-même. (Selon Freud ça peut même montrer un sens positif d'estime de soi.)

 

Pour la psychologie, c'est une tendance à être centré sur soi-même (égocentrisme), à exagérer ses talents et ses capacités, à considérer que les choses sont dues (mégalomanie), et à manquer d'empathie envers les autres (égoïsme). (Donc, c'est un problème, visiblement.)

 

Pour la philosophie, c'est l'amour que l'on se porte. (Selon le philosophe Fabrice Midal c'est même une bonne chose et nous devrions tous le développer.)

 

Problème, pas problème, bonne ou mauvaise chose, personne n'est d’accord.

 

Nan, mais, alors, les gars, si on parle pas de la même chose pour un même mot, comment voulez vous qu'on s'en sorte ?

 

Même quand on prend le mythe de Narcisse pur et dur, duquel est donc tiré la « pathologie », et bien, là encore, les histoires diverges, ainsi que leurs interprétations.

 

La version du mythe selon Ovide nous dit que Narcisse, particulièrement beau, repoussait tou(te)s ses prétendant(e)s. Personne ne l’intéressait. Il finit par voir son reflet dans l'eau et boom, d'un coup, il se montre enfin attiré par quelqu'un, qui se révéla être lui-même. Il n'arrive jamais à attraper son image et finit par mourir de désespoir de ne pas réussir à choper l’être aimé.

 

MAIS, selon d'autres versions et interprétations, Narcisse n'aurait pas compris qu'il s’agissait de lui même (il aurait, aussi, pu reconnaître dans ses traits, ceux de sa sœur jumelle défunte) et aurait été si malheureux de découvrir la triste vérité qu'il se serait suicidé.

 

 

Bon, alors, déjà, faut qu'on m'explique comment on est parti de l'histoire d'un mec qui ne s’intéresse qu'à son image (et donc pas à son mental ou à son âme, hein, mais à son image) pour en venir à le définir comme quelqu’un d’égocentrique et d’égoïste (ses synonymes), qui manque d'empathie et qui exagère ses talents ? (Oui, bon, OK, c'est l'extension du truc, ça vaaaa, laissez-moi râler.)

 

Et puis ensuite, perso je ne vois pas quel était le problème à la base (avant que Echo ne lui jette un sort) de s'aimer autant ? Je suis désolée mais on a le droit d’éconduire quelqu'un, voire tout le monde, non ? Ça s’appelle le libre arbitre il me semble. L'autre Echo là, la Nymphe qui s'est vengée en lui montrant son reflet pour qu'il capte qu'il ne s’intéressait qu'à lui, c’était quand même une putain de capricieuse incapable d'accepter le fait d’être repoussée, non ? Peut-on reprocher à quelqu’un de ne pas s’intéresser à soi, ou aux autres? Qui sont les égoïstes, narcissiques ou égocentriques dans l'histoire ? Celui qui ne trouve d’intérêt dans personne d'autre que lui-même, ou celui qui rage qu'on ne s’intéresse pas lui ? Ah bonne question n'est-ce pas ?

Oui vous avez raison, les deux avaient certainement des trucs à régler. Et en vrai, à rejeter tout le monde, Narcisse a passé sa vie à souffrir de sa solitude, cherchant des réponses qu'il ne trouva jamais.

 

Bon. Ok. C'est pas cool d’être narcissique. Pour soi d'abord, car c'est une solitude imposée. Puis bon, c'est un peu vexant pour les autres, qu'on classerait automatiquement comme personnes sans intérêt.

 

 

Alors du coup, vu que c'est un problème, et que pour trouver la solution à un problème il faut le comprendre, comment ça se traduit le narcissisme, et pourquoi certaines personnes le seraient ?

 

Partons du point de vue psychologique. Le narcissisme est donc un amour excessif porté à l'image de soi. On se trouve beau, on se trouve génial, à tel point qu'on se pense unique, supérieur et par extension, on trouve tous les autres, nuls. On se met beaucoup en avant, on ne s’intéresse pas aux autres, ou alors juste pour servir ses propres intérêts. Le vrai narcissique serait donc quelqu'un de sûr de lui, qui n'aurait pas besoin de l'approbation des autres pour exister. Il manquerait d'empathie et serait incapable de culpabiliser. Bon, bah, s'il est heureux comme ça le narcissique, il est où le problème ? Nan, parce que, là on ne parle pas du pervers narcissique qui manipule les gens en leur faisant du mal, on parle du mec qui vit sa vie tout seul persuadé d’être le meilleur. Soit. S'il veut continuer à le penser...

Bah le problème, c'est que le narcissique est malheureux. Tous les psy le disent. Sous son apparente confiance en lui, le narcissique cache quelque chose. Et ce quelque chose serait une profonde tristesse.

Car en réalité, quand on a tant besoin de se rassurer en en faisant des caisses pour (se) montrer qu'on s'aime, c'est qu'en fait dans le fond, et même si on s'est super bien persuadé du contraire, c'est qu'on manque justement d'amour, qu'on a une faille qui n'a jamais été comblée. En vrai de vrai, donc, le narcissique c'est quelqu’un qui ne s'aime pas. Et c'est pour ça qu'il n'aime pas non plus les autres. Comment voulez-vous aimer les autres quand vous n'avez jamais appris, correctement, à vous aimer ?

Aaaaaah mais tout s’éclaire. En fait, le bordel dans les définitions, là, c'est parce que les apparences ne sont pas la réalité.

Donc en gros, le narcissique c'est quelqu’un qui s'aime trop, parce qu'il ne s'aime pas assez. D'acccccoooord. Ah, c'est technique, hein.

 

Et pourquoi il ne s'aime pas le narcissique ? Bah, parce qu'on ne lui a pas donné de l'amour (ou mal) quand il le fallait. Du coup, la solution, ce serait d'aller voir où la faille a été créée (psychanalyse) et l'exorciser. Ou bien, de trouver les moyens de combler cette faille à l'instant T et sur la durée (psychologie). Mais bon, j'suis pas encore psy, ce sont des concepts encore bien trop compliqués pour moi, je vais finir par dire des conneries si je continue à extrapoler.

 

 

Je comprends maintenant, pourquoi je prenais tant mal le fait qu'on me traite de narcissique. Bah, parce que, moi-même, j'en doutais, pardi ! Quand je pense à toutes les fois où, pour faire taire les rageux, je hurlais haut et fort que : ouais je l’étais et que j'assumais... Je savais m'aimer, parfois, à l’excès (mais aussi, le contraire), être assez tournée sur moi-même, et rechercher l'attention, comment le nier ? Mais quand je confirmais le diagnostique, implicitement, je confirmais donc, également, manquer d'empathie, et de sentiment de culpabilité (et tous les autres trucs pas cool). Or, ce n'était pas le cas. Je me dévalorisais, donc, clairement (l'histoire de ma vie).

Mais alors, si je possède quelques traits, mais pas tous, je suis quoi ? Égocentrique ? Mégalo ? Égoïste ? Égotiste, comme dirait mon psy ? Confiance et amour pour moi, on en est sûr, c'est pas ça. (Mais ça vient.) Est-ce que je serai une autre forme de narcissisme, moins exacerbée ? Il parait que quand on est narcissique on ne doute pas. Ce qui est tout le contraire de moi. Est-ce que je suis narcissique un jour sur deux ? Ou alors, on n'a pas encore inventé de terme ? Nan, parce que j'aimerais bien qu'on me reproche un truc clair et précis tant qu'à faire, ça m'arrangerait.

 

Et bien, figurez-vous, qu'à force de recherches, j'ai trouvé ! C'est pas narcissique que je suis, c'est une faille narcissique que j'ai ! C'est pas tout à fait pareil. Ça change beaucoup de choses. Et ça serait cool qu'on arrête de tout mélanger. (Ou qu'on trouve des termes moins péjoratifs, merde !) Je pense à ce psychiatre qui m'a décelée un trouble narcissique au premier RDV, il aurait pas pu dire : « un défaut d'amour pour soi », non ? Plutôt que me niquer le moral pour des mois ?

 

La faille narcissique, ou le défaut d'amour pour soi, qui résulte d'une mauvaise estime de soi, elle te fait tout le temps douter de l'amour que tu as pour toi, et donc de l'amour qu'on a pour toi. Quand t'as une faille narcissique (et je pense qu'on est beaucoup dans ce cas, y'a qu'à voir le nombre de personnes qui ont un compte Instagram rempli de photos d'eux), t'as besoin de voir qu'on t'aime pour te prouver à toi-même que tu mérites d’être aimé. Tu oscilles, donc, entre amour et détestation de toi. Pour te rassurer, parfois t'es narcissique, parfois tu l'es pas. Bon après, si c'est tout le temps que t'as besoin de te rassurer, ça devient (encore plus) pathologique, on parle alors de trouble de la personnalité narcissique. La limite est visiblement très fine. La récurrence de ton comportement détermine si c'est un réel problème, ou non. Et seuls les psy sont habilités à le déterminer. Bon, puis, sinon, tu peux aussi te soigner, apprendre à te connaître, trouver la juste estime de toi et finir par t'accepter. Tu verras, normalement, après, on peut te faire tous les reproches qu'on veut tu vas pas en faire une chronique pour te justifier. (Car oui, si j'avais été sûre de moi, les remarques ne m'auraient jamais touchée.)

 

Donc, en gros, on résume : le narcissisme c'est un concept vraiment pas clair, pour le commun des mortels du moins, qui veut dire pleins de trucs paradoxaux (ouais, c'est moche, mais c'est français) selon le degré :

 

  • Un peu, tout le temps (et justifié) : c'est bien ! C'est juste qu'on s'aime, quoi. On ne fait de mal à personne, ni à soi, ni aux autres. C'est du narcissisme sain. Ou juste de l'amour pour soi.

 

  • Moyen, de temps en temps (et mal évalué) : c'est bof. C'est qu'on a un manque d'amour à combler. Ça fait pas de mal aux autres mais ça en fait à soi. Ça s’appelle avoir une faille narcissique ou narcissisme abîmé.

 

  • Beaucoup, souvent (et exagéré) : c'est mauvais. On a un si grand manque qu'on se fout des conséquences sur les autres de tout ce qu'on pourra trouver de trucs à faire pour se rassurer. Ça fait du mal à soi et aussi aux autres. On a alors un trouble narcissique plus ou moins élevé.

 

  • Énormément, tout le temps (et surestimé) : c'est très très mal. Visiblement, on ne sait pas du tout aimer ni soi, ni les autres et on manipule son petit monde dans son intérêt. Ça fait du mal à soi, mais surtout aux autres. C'est le fameux pervers narcissique. (Ah, vous l’attendiez celui-là, n'est-ce pas ?)

 

Voilààààààà. Ça va mieux moi, j'suis rassurée.

Et vous ? Vous voulez savoir à quel niveau vous êtes ? Et bien, bon courage, je vous laisse gérer.

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