Les afters du Breakfast Club au Café Barge, une parenthèse enchantée

Dire que j'ai failli ne pas y aller...

 

Nous sommes dimanche 13 mars, il est environ midi. Je discute avec une amie que je n'ai pas vue depuis une éternité. Même si je ne suis, cette fois-ci, pas remontée à Paris pour faire la teuf ‒ mais pour profiter de mes amis ‒ je suis présente le jour d'une Breakfast Club : je ne peux pas ne pas y aller.

Pourtant, ça fait déjà plusieurs heures que nos potes me tannent pour que je bouge mes petites fesses jusqu'au Café Barge et que, moi, je répète que je n'ai pas envie de bouger.

Moi, pas envie de sortir ? Pour aller au Café Barge, en plus ? À une Breakfast de surcroît ? Mais que m'arrive-t'il ?

 

breakfast club le coin de france a la menthe

 

Il faut dire que j'ai changé depuis la dernière fois où j'y ai mis les pieds. Je trouve mes plaisirs ailleurs, la fête n'est plus ma priorité. J'ai aussi laissé tomber tous mes masques, je ne veux plus être parfaite, je ne veux plus être aimée de tous, je ne veux plus surjouer. Du coup, retourner au Café Barge dans lequel je connais tout le monde ou presque, après des mois d'abstinence, et plus du tout dans le même état d'esprit qu'avant, c'est un peu comme se retrouver nue le jour de la rentrée des classes. Je suis totalement paniquée.

Et puis le Café Barge aussi, il a changé. Et ce, bien avant le Covid, d'ailleurs. Les dernières afters n’étaient pas si ouf. On sent que la patronne n'en peut plus de nous. Elle n’hésite pas à arrêter la musique plus tôt, à augmenter le tarif des boissons, à faire rentrer trop de monde, et pas toujours les bonnes personnes. Elle a viré pas mal de collectifs, que j’appréciais, des collaborateurs talentueux aussi, des techniciens, bref, elle ne respecte plus grand monde et dans ce milieu, quand ça se sait, la clientèle (la bonne), par solidarité, elle ne vient plus.

Alors, déjà qu'avant Covid ça commençait à s’essouffler, maintenant que je ne suis plus, moi non plus, aussi motivée, qu'est-ce que ça va donner ?

Mais vers 14 heures, après moulte appels et supplications de la part de mes potes, je me décide enfin à y aller. « Allez, c'est une Breakfast après tout, c'est sur que je vais kiffer quoiqu'il arrive. Et puis il est temps d'assumer mon vrai moi. » Je me force donc à bouger.

Et mon dieu que j'ai bien fait !

Tout d'abord, c'est la première fois que j'arrive si tard. L'ambiance n'est pas du tout la même que le matin à 6 heures, heure à laquelle le lieu ouvre pour l'occasion. Ceux qui étaient venus terminer la nuit sont rentrés dormir, ça s'est vidé. S'il y a bien, encore, plusieurs centaines de clients, la péniche est beaucoup plus calme. C'est plus serein, il y a plus de place, l'ambiance est beaucoup moins survoltée. Et c'est très appréciable.

Puis, je suis super contente de retrouver le staff qui m'avait tant manqué. En particulier Wade, Hassan et Étienne, fidèles employés du lieu si chers à mon cœur. On se raconte rapidement les derniers mois, l'un d'eux est devenu papa, je leur raconte ma vie à Marseille, on est contents de prendre des nouvelles. Ah, ça y'est, je me rappelle pourquoi j'aimais tant venir. Malgré ses défauts, le Café Barge c'est la famille, une famille bienveillante où tout le monde (ou presque) se connaît et se respecte, une sorte de microcosme enchanté.

Alors que j'avance vers le son, je reconnais quelques têtes sympathiques parmi les clients. Les sourires fusent, on ne se connaît pas en dehors du Barge mais on est toujours contents de s'y croiser. Il n'y a pas de relou cette fois et je retrouve l'ambiance d'antan. Je me détends complètement.

Le Café Barge, ça a toujours été un autre monde, une sorte de lieu dans lequel les règles ne font plus loi, où la patronne nous prend clairement pour des vaches à lait, mais en même temps, un endroit où le staff, n'est jamais soûlé par les gamineries de sa clientèle venue se défouler, où les barmen sont souriants, où les vigiles sont bienveillants et non-violents, et où le directeur Clément, est toujours très patient avec les fêtards qui le harcèlent pour rentrer.

Et quand c'est jour de Breakfast, le plaisir est encore décuplé. Ces dimanche-là l'ambiance n'est pas tout à fait la même, c'est spécial, et c'est ce qui attire autant d'habitués. Crée par le collectif Ra+Re, on y trouve, certes, toujours de la techno chill de qualité, des déguisements et de la déco décalée, mais on y trouve surtout des clients triés sur le volet. Et ça change tout. Les Breakfast Club se tiennent, en général, un dimanche par mois et pour l'occasion l'horaire de fermeture est repoussé. Les gens ont, donc, souvent, dormi et sont en meilleure forme. La clientèle est plus respectueuse, plus saine et elle n'est pas venue là par hasard. Si ça fait bien longtemps que la carte de membre n'est plus exigée pour entrer, on ressent toujours la volonté de rester entre gens bien élevés. Et c'est ce mélange d'habitués et d'inconnus amateurs de bon son qui rend l'ambiance si magique.

Et celle du jour a un goût encore plus particulier. Alors que je me dirige vers le DJ Booth, la vibe est étrange, comme irréelle, on sent que le Covid est passé par là. Je ne suis pas la seule à avoir changée. Les gens sont moins excités, ils semblent également beaucoup plus apprécier la musique qu'auparavant. Même si les Breakfast Club c'est LE rendez-vous des amateurs de bon son, avant, on était quand même pas mal à passer notre temps à parler. Cette fois-ci, tout le monde danse et se tait. Après des mois à avoir été privés, on veut, visiblement, profiter. En même temps le dernier DJ, qui répond au doux nom de Matthias/Superluminal, est juste incroyable. Je ne le connaissais pas, il paraît qu'il est italien, mais c'est surtout un putain d'ovni. Sa musique est mystique. Alors qu'il passe pépite sur pépite de sa techno old school mélodique (merci Charles), les bras se lèvent, les visages s'illuminent, les gens applaudissent et la foule entre en communion. Ça faisait des années que je n'avais pas vécu un moment de grâce comme celui-ci. C'est tout simplement magique. Si magique que ça m'a réconciliée avec le Café Barge, et ça, c’était pas gagné !

 

 

Je ne suis restée que quelques heures mais elles ont suffi à remplir mon cœur de joie. Pour une fois, je ne suis pas frustrée. Finalement, cinq heures, surtout aussi riches que celles-ci, c’était suffisant. Et même si j'adore ma vie dans le sud, plus calme et plus saine, ça m'a tout de même rappelée que vivre ce genre de moments est nécessaire à mon bien-être. J'ai besoin de ces moments de communion avec la foule, de partage et de toute cette bienveillance et c'est dans la techno que je les trouve. Même si rien n'est immuable, que les ambiances changent, que c'est parfois moins bien, et que de nouveaux collectifs remplaceront les anciens, la techno reste et restera un monde à part, dans lequel je me sentirai toujours bien. Sa clientèle respectueuse, ses us et coutumes bien à lui, les bonnes ondes que l'on y trouve, ces sons qui te font rentrer en transe, y'a rien qui ne pourra jamais remplacer ça.

 

Attention, la rumeur dit que les Breakfast au Café Barge c'est bientôt terminé, si c'est vrai, c'est une page qui se tourne, une époque qui s’achève, alors pour ceux qui ne connaissent pas, je vous conseille fortement d'y aller dès que vous pouvez ! (En espérant qu'ils ne fassent que déménager.)

 

Pour suivre les évènements du Café Barge : https://www.facebook.com/cafebarge/events/?ref=page_internal
Pour suivre les évènements du collectif Ra+Re (dont la Breakfast) : https://www.facebook.com/rareparis
Pour suivre Matthias/Superluminal : https://www.instagram.com/matthias.superluminal/

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