Avant, j'étais parano

Aujourd'hui, je vais vous raconter une petite histoire.

Avant, j’étais parano.

 

Alors, certes, je n’étais pas aussi parano que les paranoïaques que l'on peut voir dans les faits divers et qui sont persuadés à 1000% que ce qu'ils croient est la vérité, mais bon, pas loin quand même.

 

J’étais le genre de parano qui marque sur son journal intime un message incendiaire et menaçant à l'attention de sa sœur, dans le doute où celle-ci le lirait.

Du genre qui met des pièges chez elle au cas où un « fan » serait rentré dans son appartement en son absence.

Du genre qui va regarder dans tous les placards et sous le lit dès qu'elle descend les poubelles sans avoir fermé la porte à clef.

Du genre qui va stalker absolument tous les gens qui la suivent pour vérifier que ce ne sont pas des comptes cachés

Et, dernièrement, du genre à se demander si la personne qui l'a cambriolée la connaissait.

 

(Oui, nan, parce qu'en fait, sachez que je mets « avant » dans chacune de mes chroniques parce que c'est plus simple, mais en vrai, j'ai encore beaucoup de ces traits dont je dis m’être débarrassée.)

 

Alors, oui, vous pouvez le dire, j’étais (je suis) bien, bien tarée.

 

Mais, tarée lucide de l’être et, du coup, qui ne le montrait jamais.

Ma parano ? Je la gardais bien précieusement pour moi, persuadée que si je révélais au grand jour mes théories de folle furieuse, on me prendrait, bah... pour une folle furieuse.

 

Alors que je me demandais régulièrement si des gens étaient capables d'avoir installé des cameras chez eux, si mon ex avait planqué un mouchard dans mon tel (marche aussi avec des micros dans mon salon), si le voisin se collait l'oreille régulièrement contre la ventilation dans l'espoir de me choper (en train de me droguer) ou encore, si l'inconnu, là, dans la rue, avait été envoyé pour m'espionner, bah je ne disais rien à personne de mes doutes et angoisses incessantes car je savais bien pour quel genre de personne on me prendrait.

 

(Oui, parce que montrer qu'on est taré de nos jours est encore bien trop négativement jugé. (À mon grand désarroi.) Ce qui ne faisait qu’agrandir mon anxiété.)

 

Alors, vous allez me dire, la drogue que je consommais à outrance depuis mes plus jeunes années ne devait en rien aider ma parano, et vous avez raison, MAIS, parano, je l’étais déjà avant de commencer. Du coup : c'est parce que je l’étais que j'ai commencé à me droguer ? Ou c'est parce que j'ai commencé à me droguer que je le suis devenue ? Ah, l’éternelle question. L’œuf, la poule ou le cul de la crémière ? Il s'agirait ne pas tout mélanger.

 

La drogue ne fait qu'exacerber des traits ou des pathologies qui sommeillent déjà bien profondément en nous.

 

Vous voulez mon avis à moi qui suis concernée (par cette (légère) pathologie) ? Bah, mon avis, c'est que j'ai surtout toujours été entourée de personnes toxiques capables de réellement m'attaquer, et avec le temps, à force d'avoir peur que ce qu'on m'avait déjà fait subir recommence, j'ai fini par tout anticiper (et tout exagérer). 

(Malheureusement, on m'a vraiment harcelée, on a vraiment essayé de me tuer, on m'a vraiment espionnée etc...)

 

Élevée dans l’insécurité, j'ai toujours trouvé attirants les gens tarés (bah ouais, on reproduit les schémas, u know), du coup, moi, les gens toxiques, c'est même pas que je les attirais, c'est que je les recherchais. Et, j'ai donc, forcément, passé une bonne partie de mon existence entourés de gens aux pathologies diverses et variées.

Et qui dit être entourée de psychopathes (des vrais, hein), schizophrènes, bipolaires, sociopathes et j'en passe, dit : pleins de scénarios possibles de mise en danger. 

 

Et voilà comment ma parano a commencé.

 

Mais vous voulez que je vous dise, aussi ? Ce n'est pas irréversible et il est possible de se soigner.

 

Lorsque j'ai craqué l'année dernière (ça va bien faire 2 ans maintenant, que le temps passe vite) j'ai compris pleins de trucs (je vous épargne l'historique de mon burn-out/sorti de déni/éveil spirituel que vous connaissez déjà par cœur), et notamment, que je vivais dans une profonde, ancienne, et inconfortable insécurité.

 

Je me suis alors rendu compte que toutes ces potentielles (et réelles) mises en danger, en vrai, ça faisait bien longtemps (depuis que j'avais eu le choix de quitter un environnement insecure) que c’était moi tout seule qui me les créais.

 

C'est bien moi qui ai fait en sorte de devenir un objet de culte (négatif ou positif) en agissant comme une actrice. C'est bien moi qui choisissais des petits amis (presque) tous plus tarés les uns que les autres. C'est bien moi qui faisais du mal aux gens en leur donnant, donc, l'occasion de se venger. C'est bien moi qui ne montrais aucune fragilité et créais, donc, chez les jaloux l'envie de m'attaquer.

 

Et surtout, c'est bien moi, aussi, qui produisais, toute seule comme une grande, beaucoup d’anxiété.

 

(En étant persuadée être une mauvaise personne qui devais cacher son vrai soi, en culpabilisant h24 de tout ce que je faisais, en pensant, donc, n’être bonne qu'à être dénoncée, attaquée, ou enfermée.)

 

J'ai alors entrepris d'essayer de me rassurer. Avec de vraies méthodes et non pas celles mensongères et passagères de se sentir supérieure, exceptionnelle ou de se créer une popularité pour se sentir aimée.

 

C'est en admettant que j’étais finalement une bonne personne, simplement imparfaite, que j'avais le droit d'avoir des mauvaises pensées, ou de critiquer, et que ce ne faisait pas de moi un monstre, que ma parano (avec toutes mes autres formes d’anxiété) a commencé à diminuer.

 

Car j'ai commencé à agir comme une personne qu'on n'avait pas envie d'attaquer. (C'est à dire : vraie.)

 

Depuis, j'ai appris à me recentrer, à prendre ma vraie place sur terre, qui est belle et importante mais qui n'est pas exceptionnelle. J'ai appris à ne plus faire de mal aux gens et à me foutre de ceux qui se sentent attaqués pour rien. Mais aussi à prendre confiance en la vie, en me disant que je peux la changer et que je peux me changer.

 

Maintenant, grâce à tout ce taff, je peux enfin me concentrer sur autre chose que sur le fait de tout le temps me protéger du moindre danger. Ce qui me permet d'avoir encore plus de temps et d'énergie pour kiffer la vie, faire des activités bonnes pour ma santé, me débarrasser de mes addictions, rencontrer des gens de plus en plus sains, etc, etc... (cercle vertueux, les gars.)

 

(J'ai tellement pris confiance en moi qu'on pourrait d'ailleurs, maintenant, bien avoir envie de m'espionner que je m'en tamponnerais le coquillard : car je n'ai plus rien à cacher.)

 

Aujourd'hui, je suis beaucoup plus apaisée car je n'ai plus besoin de la sécurité apportée par les autres mais seulement de la mienne que j'ai appris à développer (ce qui est essentiel pour ne pas se sentir constamment traquée, jugée, observée ou encore en danger.) Alors, oui, c'est pas encore tout à fait au point, j'ai encore quelques parano qui pointent le bout de leur nez, mais elles disparaissent assez vite, et pour moi, c'est une énorme avancée.

 

Je ne suis pas persuadée qu'on puisse totalement se débarrasser d'angoisses bien ancrées ou autres pathologies psy, mais je sais, pour sûr, qu'on peut les apaiser et ça, c'est déjà incroyablement chanmé (mot qui n'est plus employé depuis 2010 mais j'avais envie de l'utiliser.)

 

Allez, namaste.

 

 

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