Avant, j'étais une manipulatrice

Aujourd'hui, je vais vous raconter une petite histoire. Avant, j’étais une manipulatrice. Ah bah, je savais le faire, alors pourquoi m'en priver ?

C’était quand même bien pratique d’être une manipulatrice, ça me permettait d'obtenir, à peu près, tout ce que je désirais.

 

 

Manipuler, en soi, c'est pas bien compliqué, suffit d'avoir une prédisposition à la psychopathie, option « analyse poussée ». Le tout étant de s'adapter aux attentes de la personne, trouver 2 ou 3 failles au cas où on aurait besoin de s'y engouffrer, et le tour est joué.

 

Ça m'amusait beaucoup de manipuler, je ne faisais pas de mal après tout, je ne faisais que tester des capacités. Passant ma vie à chercher l’adversaire à ma taille, que je ne trouvais, bien entendu, presque jamais.

 

Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours manipulé. Pour moi, c’était même quelque chose de normal et je pensais que tout le monde le faisait. Juste, que, moi, ça marchait p'tet un peu mieux que les autres, parce que personne ne s'en apercevait.

 

Petite déjà, comme beaucoup d'enfants, j'ai commencé par feindre la tristesse pour obtenir de mes parents des câlins, des bonbons ou la permission de regarder la télé. (Oui, en vrai, arrêtez de nier, on est tous des manipulateurs nés.)

 

Puis, vint le tour des garçons, des professeurs, des commerçants, des banquiers, des patrons, des collègues, des clients, et, globalement, tous les gens qui pouvaient potentiellement m'apporter quelque chose ou m'emmerder. (Jusqu'à mon bac que j'ai obtenu en retournant le cerveau de mes profs de rattrapages mais, bon, ça, faut pas le répéter.)

 

Même avec mes psy, je ne pouvais m'en empêcher. Jugeant comme capables de m'aider seuls les plus émérites d’entre eux, ayant réussi à ne pas se faire piéger. (C'est à dire personne, puisque je ne laissais personne entrer.)

 

 

Ah, que la vie était facile quand je manipulais. Je ne me retrouvais jamais en situation de faiblesse, on ne pouvait jamais vraiment savoir ce que je pensais ou qui j’étais. Dès que quelqu’un voulait m'attaquer, suffisait que je convainque 2 ou 3 personnes autour pour le diffamer, que je séduise ses potentiels soutiens, ou encore, que j’appuie directement sur les points faibles dudit coupable pour le rabaisser. Ainsi déstabilisé, je peux vous assurer qu'il réfléchissait à 2 fois avant de recommencer.

 

C’était un peu ma zone de confort, quoi, mon ère de sécurité, celle dans laquelle je n’étais jamais blessée, celle dans laquelle je ne faisais que gagner, celle dans laquelle je n’étais jamais réellement moi et où je passais ma vie à jouer.

 

Puis, un jour, j'ai craqué. Et j'ai compris, qu'en réalité, je ne vivais pas, comme je le pensais, mais que je survivais.

 

Après avoir passé tout une année entourée de nouveaux amis, aussi géniaux qu'impossibles à contrôler, des amis aussi manipulateurs que moi, qui, eux, ne voulaient pas m'attaquer, j'ai fini par comprendre qu'on pouvait m'aimer sans être manipulé, et qu'on pouvait être capable de manipuler sans essayer de m'attaquer. Ça a tout changé. D'un coup, je me suis sentie en droit de me lâcher. Et j'ai même fini par les écouter.

 

Eux qui avaient les mêmes vices (ou capacités, appelez ça comme vous voudrez), mais qui ne s'en servaient pas pour obtenir ce qu'ils voulaient.

 

J'ai alors compris qu'à manipuler toute ma vie, tout le monde, je n'avais fait que tenir la plupart des gens, éloignés. Que je n'avais pas vécu, vraiment, en étant moi-même, que je n'avais que très rarement entretenu des relations basées sur l’honnêteté, et que tout n'avait toujours été que rapport de force, compétition, attaques par anticipation mais, presque jamais, quelque chose de vrai. En gros, que j'avais passé ma vie à me défendre parce que j'avais trop peur qu'on puisse me blesser.

 

Oui, parce que la réalité, c'est que j'avais beau me croire super forte, en fait, j’étais juste complètement effrayée. Effrayée qu'on puisse profiter de ma faiblesse, effrayée qu'on puisse me faire du mal, effrayée, qu'on me voit entièrement, dans toute ma fragilité. Et je ne prenais donc, jamais le risque de me dévoiler. Étudiant mes cibles à l'avance, n'y allant pas si j'estimais que je pouvais ne pas gagner, anticipant chaque échec pour qu'il n’arrive jamais.

 

 

Puis, j'ai aussi, et surtout, compris que, non, manipuler, ce n’était pas anodin, que ça faussait la relation, quel-quelle soit et que les gens méritaient qu'on s'adresse à eux avec sincérité. Pour la vérité, pour eux, pour moi, pour (ouais, rien que ça) l'humanité

 

J'ai, alors, complètement arrêté.

 

Et je vous dis pas le merdier. Ah, bah, d'un coup, fallait bosser. Et moi, bosser, j'avais pas trop l'habitude, j'avais jamais trop aimé. D'un coup, je me rendais compte que les autres avaient des limites, des besoins, et que je me devais de les respecter. D'un coup, fallait faire des efforts, sur moi, sur mes comportements, pour m'adapter aux autres, vraiment, en trouvant des compromis et sans chercher à m'imposer. Bon, bah, j'y suis allé, hein, et petit à petit, j'ai réussi à changer mes mécanismes, ma façon de parler pour ne pas blesser, et aussi, et surtout, j'ai réussi à accepter que, non, je ne pouvais pas obtenir tout ce que je voulais.

 

Depuis, j'essaie d’être moi-même en faisant les choses en fonction de ce qui me fait du bien à moi, sans faire de mal à personne et je ne cherche plus à manipuler. Même quand je vois des personnes en manipuler d'autres et que ça tourne à mon désavantage (parce qu'on n'est pas d’accord avec moi et qu'on essaie de se donner raison par tous les moyens (en somme, faire ce que je faisais avant)) et que je suis très tentée d'utiliser mes anciens pouvoirs pour reprendre le dessus, je me rappelle que pour être une bonne personne il ne faut pas manipuler.

 

Aujourd'hui, j'ai complètement changée et je me sens plus vivante que jamais. Car, aujourd’hui, je prends des risques, je sors de ma zone de confort et j'accepte de me montrer vraie, d’être faible parfois, d'avoir tort, des peurs, des défauts, ou encore des fragilités et, donc, de ne pas être forcement aimée. Mais par contre, je sais, que quand je le suis, je le suis pour de vrai. Aujourd'hui quand je veux obtenir quelque chose, je travaille (sur mon comportement, sur mes peurs, sur mon empathie, sur l'expression de mes émotions, etc...) pour y arriver, et je vous jure, quelle fierté, quand on accède, parfois, au souhait désiré en ayant fait de vrais efforts, et, non pas, en ayant usé de la solution de facilité.

 

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