La neuroatypie, qu'est-ce que c'est ?

par France Missud 

En ces temps de remise en question existentielle post grosse crise du Covid, la quête de son soi intérieur a le vent en poupe. On veut se comprendre. On veut comprendre comment fonctionne son cerveau. Et il y a un type de population particulièrement alerte sur la question. Une population qui se cherche depuis longtemps déjà et qui est bien contente qu'on parle enfin, un peu, de ces sujets-là. Cette population c'est les neuroatypiques.

Les neuroatypiques ce sont ces individus au fonctionnement psychique qui diffère de la norme de par ses connexions neuronales. Interrompues, plus rapides ou tout simplement alternatives les connexions cérébrales ne se font pas de la même manière chez eux que chez le reste de la population. Ce qui cause à bon nombre de ces sujets : rejet, souffrances et incompréhension. Hier encore considérés comme des dégénérés mentaux, aujourd'hui on réalise enfin que leurs difficultés ne se résument pas qu'à une difficulté d'adaptation. Fonctionnement cognitif particulier, monde bien à eux, potentiels inexploités, et si les neuroatypiques possédaient tout simplement des capacités hors-norme, ni bonnes, ni mauvaises, juste différentes ? La neurodivergence regrouperait l'autisme, l'hypersensibilité, la bipolarité, le HPI ou encore le TDAH... autant de termes techniques qui sont, parfois, un peu mélangés. Alors qu'est-ce que c'est exactement ? Vaste sujet, vague et pas encore bien défini, dans lequel on va, tout de même, essayer d'y mettre un peu de clarté.

 

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Commençons par comprendre le contexte

La science évolue constamment, elle progresse. Aujourd'hui, l’étude de la psyché humaine est en pleine restructuration. Tout est remis en question. Ce qu'on nommait hier « maladie mentale » est aujourd'hui appelé « trouble » et de « trouble » nous sommes en train de passer à « particularité ». Mais avant que tous ces termes ne disparaissent définitivement pour laisser place à d'autres, bien moins réducteurs, revenons sur quelques notions nous permettant de comprendre où nous en sommes à ce jour.

 

Qu'est-ce qu'un trouble psychique ?

Un trouble, c'est un ensemble de pensées, émotions, comportements récurrents entraînant difficultés et souffrance pour la personne atteinte ou son entourage. C'est une altération du fonctionnement dit normal. Une maladie, en somme. Et ici, donc, mentale. Quelques exemples de troubles connus : Trouble alimentaire, trouble bipolaire, trouble obsessionnel compulsif (T.O.C.), ou encore trouble de l’anxiété.

 

Qu'est-ce qu'un trouble de la personnalité ?

Attention ! Ça se complique. Un trouble de la personnalité n'est pas forcément un trouble mental. C'est un type de personnalité. Une combinaison de traits de caractères, qui pose généralement problème et est souvent associé à des troubles mentaux mais pas forcément. Dans tous les cas, c'est une personnalité qui sort de la normalité.

Ça pose problème : trouble de la personnalité borderline (instabilité relationnelles du comportement et de l'humeur), paranoïde (paranoïa et dangerosité) ou encore, antisociale (mépris aggravé pour les autres membres de son espèce).

Ça passe : schizotopique (ne pas aimer les relations avec les autres), histrionique (trop d’émotivité et recherche d'attention) ou encore narcissique (besoin d'adulation et manque d'empathie).

Attention ! Ça se complique encore ! On peut avoir un trouble mental portant le même nom qu'un trouble de la personnalité sans que, pour autant, on ait les deux. Exemple : le trouble obsessionnel compulsif (trouble anxieux caractérisé par l'accomplissement de rituels et actions répétitives ayant pour but de rassurer) est à différencier du trouble de la personnalité obsessionnelle compulsive (personnalité rigide, dans le contrôle et qui ne laisse pas de place à l’imprévu).

 

Qu'est-ce qu'un syndrome ?

Si une maladie est un dérèglement des fonctions normales d'un individu, un syndrome c'est l'ensemble des symptômes ressentis par ce dernier. En gros, quand on ne connaît pas, la ou les causes exactes des symptômes, mais qu'on a identifiés les mêmes chez plusieurs patients, on parle de syndrome.

Exemple : le syndrome grippal peut être causé par pleins de petits virus différents mais à chaque fois ce sont les mêmes effets.

Quelques exemple psy : syndrome de Diogène (ne jamais se laver), syndrome du Dr. Folamour (être persuadé que sa main n'appartient pas à son corps) ou encore le syndrome de Stockholm (s'attacher à son bourreau).

Ah ! Décidément ! L'humain est surprenant !

 

Qu'est-ce qu'une particularité ?

C'est un trait de personnalité ou une caractéristique (génétique ou causée par l'environnement). On peut être, par exemple, plus sensible que la moyenne (hypersensible) ou plus intelligent (HPI), et ce n'est ni une maladie, ni un trouble, ni un syndrome, mais un fait. Point. Au même titre qu'on peut être grand, blond, avec des petits pieds ou avoir une voix de crécelle. C'est la vie. C'est comme ça.

 

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Venons en aux neuroatypies

Les neuroatypies regroupent pêle-mêle des pathologies, des troubles, des syndromes, des traits de caractère et des particularités, mais ne seraient donc, en réalité, que des particularités accompagnées, ou non, de troubles. Les études sont en cours et pour l'instant nous employons toujours les anciens termes.

 

Qu'est-ce que le TDAH ?

Le TDAH, ou trouble du déficit de l'attention, avec ou sans hyperactivité, est un trouble neurodéveloppemental associant trois dimensions cliniques : inattention, impulsivité, hyperactivité. Les progrès faits en imageries cérébrales montrent un déséquilibre de production de noradrénaline et de dopamine, deux neurotransmetteurs qui jouent un rôle important dans les processus d'apprentissage, de mémoire et de vigilance.

Difficultés : Les sujets seraient agités, impulsifs, impatients et distraits. Dans un besoin constant de bouger, ils auraient du mal à terminer les tâches qu'ils ont commencées et seraient, aussi, plus facilement déconcentrés par des stimuli externes.

Capacités bien souvent inexploitées : Les individus atteints de TDAH seraient plus forts physiquement, plus créatifs, plus intuitifs et plus sensibles.

 

Qu'est-ce que l'hypersensibilité ?

L'hypersensibilité est, pour le moment, considérée comme un trait de caractère. Elle toucherait de 20 à 30% de la population mondiale. On aurait remarqué chez les personnes hypersensibles que les neurones impliqués dans l'apprentissage par imitation et dans la compréhension de l'autre, seraient plus actifs que la moyenne.

Difficultés : Les sujets hypersensibles auraient une plus forte capacité à ressentir que les autres, ce qui se traduirait souvent par de la frustration, des colères et/ou des crises de pleurs face à l’incompréhension de leurs congénères. Il résisteraient moins au stress, peuvent être fatigués et en souffrance.

Capacités bien souvent inexploitées : Les hypersensibles seraient plus empathiques et donc plus tournés vers leurs prochains, leurs cinq sens plus développés et leurs émotions plus fortes leurs permettraient de mieux admirer la beauté du monde.

 

Qu'est-ce que le HPI ?

Le haut potentiel intellectuel est une caractéristique qui désigne une personne à l'intelligence plus haute que la moyenne. Avec un QI compris entre 130 et 160, les HPI constitueraient de 2 à 2,5 % de la population mondiale. Les connexions neuronales de leurs cerveaux iraient deux fois plus vite que la normale.

Difficultés : Incompris par la plupart de la population ils sont souvent mis à l’écart. Ne comprenant pas eux mêmes qu'on ne puisse pas penser comme eux, ils peuvent se sur-adapter au risque d'oublier qui ils sont ou bien rejeter la société dans laquelle ils vivent en se pensant seuls au monde.

Capacités bien souvent inexploitées : Leur intelligence leur permettrait de comprendre plus vite des mécanismes compliqués et de répondre à des problèmes dont personne n'avait trouvé la solution auparavant. Si leur potentiel est décelé et mis en valeur, ils peuvent exceller dans des domaines divers et variés.

 

Qu'est-ce que le TSA ?

Les troubles du spectre de l'autisme résultent d'anomalies du neurodéveloppement, empêchant les sujets d’établir des interactions sociales et de communiquer correctement. Les études sur les cerveaux de personnes atteintes de trouble du spectre autistique montrent une surabondance de connexions neuronales, qui créerait un excès de signaux chez son hotte et donc de la confusion.

Difficultés : Souffrant de formes très sévères associées à un supposé retard mental empêchant toute intégration au monde normal, ou de formes plus légères associées à de bonnes, voire très bonnes capacités intellectuelles comme le syndrome d'asperger, l'autiste éprouve des difficultés relationnelles, une réticence au changement et une tendance à la répétition.

Capacités bien souvent inexploitées : Avec des capacités de perception hors norme, les autistes n'utilisent pas le langage pour résoudre des problématiques mais y arriveraient pourtant plus vite que la moyenne. Qu'ils paraissent complètement inaptes ou « normaux » ils auraient, pour la plupart, des capacités extraordinaires dans le traitement de la musique, du langage ou encore des bruits. Beaucoup d'autistes excellent sur un sujet bien particulier, tel que la musique, les mathématiques, le dessin etc... Des chercheurs québécois ont dévoilé un potentiel intellectuel insoupçonné chez nombre d'autistes apparemment déficients. Et si on avait rien compris ?

 

Qu'est-ce que les Dys ?

Les Dys sont des troubles du déficit de l'apprentissage qui englobe la dyslexie, la dyspraxie, la dyscalculie ou encore la dysorthographie. Ces troubles se manifestent par un déficit d'apprentissage dans les domaines de la lecture, de la coordination, des calculs et du langage oral. On a observé chez les sujets une mauvaise connexion neuronale qui entraînerait comme une déconnexion du cerveau.

Difficultés : Les individus concernés vont faire de mauvaises associations, confondre les mots à la lecture, à l'écrit ou à l'oral, ou bien encore, inverser les chiffres entre eux, ce qui entraîne de grandes difficultés à maîtriser des apprentissages simples et donc des souffrances.

Capacités bien souvent inexploitées : Les individus sujets aux Dys seraient plus enclins à l'imagination, plus empathiques et plus observateurs que la moyenne. De plus, ils auraient de fortes capacités d'adaptation et de persévérance, un raisonnement plus complexe et une meilleure mémoire. On ne sait pas encore si ces forces seraient une résultantes de leurs difficultés qu'ils essaient de surmonter ou bien un potentiel inné.

 

Qu'est-ce que la bipolarité ?

Les troubles bipolaires (anciennement appelés maladie maniaco-dépressive) sont des troubles de l'humeur se caractérisant par une alternance exagérée de périodes dépressives et maniaques. De nombreuses études ont été menées sur la bipolarité. Il en ressort que les cellules neuronales des patients seraient plus sensibles et réactives aux stimulus que la moyenne.

Difficultés : Même si l'individu retrouve un état normal entre deux phases, il est capable du pire pendant les crises. Comportements indécents, dangereux pour lui et pour les autres, pendant les phases maniaques. Comportements neurasthéniques et suicidaires pendant les phases dépressives.

Capacités bien souvent inexploitées : Les personnes bipolaires seraient beaucoup plus sensibles, plus empathiques mais aussi plus intelligentes que le reste de la population. Leur quotient intellectuel est en général 10% supérieur à la moyenne, et il y aurait 25% de chance en plus de les retrouver dans les milieux artistiques que dans les milieux agricoles ou industriels.

Mais attention ! Ça se complique encore, encore ! Car si chaque trouble/ particularité est bien distinct (c'est du moins, pour le moment ce que dit la science) on peut cumuler traits de caractères, troubles mentaux, troubles de la personnalité et syndromes, le tout dans un seul et même petit corps (ou plutôt cerveau). Les phases maniaques chez le bipolaire ressemblent à de l'hyperactivité et il est, bien souvent, hypersensible. Le HPI est souvent sujet aux Dys, le TDAH également. Un certain nombre de HPI est aussi TDAH etc... Est-ce que ce serait, en réalité, une seule et même façon de fonctionner innée puis influencée par les facteurs environnementaux ? L'avenir nous le dira.

 

Attention à l'effet Barnum !

En tout les cas, il est facile de confondre quand on se renseigne un peu sur le sujet et qu'on veut se faire son propre diagnostique. C'est pourquoi, même si cela peut aider de faire ses premiers pas seuls sur internet, il est recommandé d'aller consulter un professionnel lorsqu'on a de sérieux doutes. Car même s'il est souvent réconfortant de se reconnaître dans une description, gare à l'effet Barnum (interprétation simplifiée des informations, que fait notre cerveau de manière à ce qu'elle soit cohérente avec la vision que l'on se fait de notre propre personnalité). Il serait dommage de s'affoler ou de tout mettre sur le dos de cette probable pathologie ou caractéristique alors que, peut-être, il n'en est rien.

Enfin, si les étiquettes peuvent se montrer réductrices et que nous ne sommes pas obligés de chercher à tout savoir de nous, pour ceux qui ne peuvent pas s'en empêcher, finir par se reconnaître dans un certains type de fonctionnement peut aussi amener à plus de tolérance envers soi-même et à se sentir enfin compris par ses semblables. Et donc, à beaucoup plus de sérénité dans sa vie ! C'est pourquoi on parle tant de ces sujets en ce moment, période propice à la compréhension de son fonctionnement. Les sujets neuroatypiques vivent pour beaucoup un mal-être depuis l'enfance et ces études commencent à leur apporter des réponses. Non, ils ne sont pas seuls, oui ça s'explique et non, ils ne sont pas fous mais simplement différents. On commence à se dire qu'il n'est pas nécessaire de les shooter aux médicaments pour qu'ils aillent mieux mais plutôt qu'il faudrait que la société les accepte et s'adapte a leur singularité. Alléluia !

 

 

Personnellement, j'ai toujours eu beaucoup de mal avec les médecins ou même des membres de ma famille qui n'avaient de cesse de me trouver des troubles psychiatriques réducteurs pour expliquer mes différences. Sentant bien que je pouvais les vivre parfaitement du moment qu'on n'arrêtait de vouloir me faire rentrer dans le moule, j'ai toujours refusé de prendre les antidépresseurs qu'on me proposait. Je ne dis pas que ça n'aide pas certaines personnes, je dis que, pour moi, le diagnostique était mauvais, et que je suis bien heureuse de n'en avoir jamais pris. Je pense à tous ces pauvres gens que l'on a shootés, rendu fous, alors qu'ils ne l’étaient pas à la base, tout simplement car on n'arrivait pas à les comprendre correctement. Pour moi, la société (occidentale du moins) a beaucoup trop tendance à voir le côté négatif des choses et non son ensemble. On ne compte plus le nombre d’individus à qui elle a, ainsi, bousillé la vie.


Je vous avouerais avoir nourri pendant longtemps un sentiment d'amertume pour cette société qui ne cherche pas à s'adapter mais qui oblige à se conformer à ses normes. Mais aujourd'hui, j'ai compris que les « normaux pensants » ne peuvent justement pas nous comprendre et que c'est à nous de faire le travail. Heureusement, je vis en 2022 et d'autres l'ont fait avant moi. Des études commencées dans les années 90 deviennent enfin populaires et apportent des réponses plus acceptables aux personnes porteuses de ces troubles et autres caractéristiques particulières. Et ce n'est que le début ! Un nouveau monde est en train d’éclore j'en suis certaine, un monde dans lequel on sublimerait les différences plutôt que de les blâmer, un monde dans lequel la norme ne serait plus la norme et dans lequel l'on écouterait les gens qui pensent autrement. Allez, on y croit ! Vive la neurodiversité et vive les neurosciences !

Sources :

Epsmal.fr, zonecampus.fr, msdmanuals.com, vidal.fr, allodocteurs.fr, latoupie.org, marieclaire.fr., inserm.fr, frcneurodon.org, medipedia.be, hypersensibles.com, pourquoidocteur.fr, ledevoir.com, fantadys.com, lebipolaire.com

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