Le masochisme au quotidien. Pourquoi retombe-t'on dans ses travers ?

by France Missud 

 

Ce matin, je me réveille en ouvrant Instagram. Alors, combien de personnes ont réagi à mes stories cette nuit ? M'aime t'on toujours autant ? Telle est la question que je me pose chaque matin depuis plusieurs semaines maintenant.

Quand j'ouvre l'onglet messagerie, je suis rassurée. Une bonne dizaine de messages non lus m'attendent. On me suit encore. Je fais toujours marrer.

Mais, parmi les emojis « rire », un message dénote. Celui-ci ne rigole pas. Celui-ci est, même, agacé.

Cette réponse à ma story, traitant de reflux gastrique, a été envoyée par Francisco, mon ex argentin. Cet homme particulièrement bon qui a toujours su me dire quand je faisais n'importe quoi. À la lecture de son « stop complaining » je comprends que j'ai rechuté. Putain ! C'est pas vrai. Malgré tout ce que je pensais avoir compris, je recommence. Je me nourri à nouveau de la reconnaissance des autres et je le fais, à nouveau, en ridiculisant mes angoisses. C'est reparti, je retombe dans mes travers, je me refais du mal pour faire marrer mon prochain.

 

le coin de france a la menthe

 

Pourquoi ça tourne pas rond chez moi ?

Panser mon mal-être en divertissant mon entourage ça m'est venu au début de l'adolescence. Quand, dans la cour de récré, je tournais en dérision les bagarres avec ma mère pour éviter de me faire passer pour une victime. J'ai très vite compris qu'exprimer mes angoisses sur le ton de la rigolade me permettait de les extérioriser, mais, aussi, et surtout, de récupérer beaucoup d'attention. L'attention, j'en avais peu de la part de ma famille ou des adultes en général. Ayant surtout passé mon enfance à me débrouiller toute seule. Alors, quand j'ai vu tout l'amour que cela pouvait m'apporter, je n'ai jamais réussi à m'arrêter de faire le pitre. Quand je ne hurlais pas ma rage sur quelqu’un m'ayant attaquée, je revêtais mon costume d'actrice. Usant et abusant de l'humour pour trouver le réconfort dont je manquais au quotidien. De toute façon on riait même de mes pétages de câble. Alors, tant qu'a faire, j'ai donc fini par mixer mon sale caractère avec mon humour. Ça me donnait tous les droits. Quoi que je dise, tout passait. Car c’était plus simple de rire avec moi que regarder ma souffrance en face. En famille ou en société, je suis vite devenue celle qui divertissait le monde. Et je me suis ainsi interdit pour toujours, d’être fragile ou triste, me raccrochant à ce rôle me permettant d'exister. À l'age adulte, je savais tellement amuser la galerie qu'on m'invitait même à des EVJF ou des mariages pour cette seule et unique raison. On ne sen cachait pas. Et moi j'avais oublié que j'avais le droit d’être aimée pour qui j’étais vraiment.

Puis les réseaux sont arrivés. Et j'ai élargi mon public. Après mes nombreux traits d'humour noir sur Facebook je suis passé à Instagram. Les réactions que j'ai reçu à ma toute première story n'ont fait qu'empirer ma dépendance. En cette veille de Saint Valentin 2018 je me lamentais de ne pas avoir de mec pour m'aider à poser une étagère correctement. Tout le monde a ri. Évidemment. Et je me suis nourrie de ces attentions pour combler le vide affectif. Évidemment.

Je suis très vite devenue accro. Au point de passer des heures par jour à raconter mes déboires sur Instagram. J'ai atteint les sommets de la reconnaissance au premier confinement pendant lequel j’étalais mes névroses de femme seule, enfermée avec son chat possessif et fugueur. Je recevais des dizaines, voire, des centaines de messages par jour riant de ma détresse psychologique. Et je ne voyais pas le problème. Comme une drogue, je passais littéralement tout mon temps à me moquer de moi pour ne pas sombrer.

Puis il y a eu mon burn-out. Contrainte et forcée, par manque d’énergie, de faire une pause de plusieurs mois, des réseaux, des gens, de tout, j'ai réalisé que je dépendais beaucoup trop du regard des autres et que je ne m'aimais pas. J'ai aussi compris que passer ma vie à me rabaisser n'allait pas me donner la confiance en moi dont je manquais. C'était le serpent qui se mord la queue. J'ai tout coupé. Paradoxalement, je ne me suis jamais sentie aussi bien que pendant cette période de fragilité où, loin de tout, j'apprenais à me connaître et à me faire du bien à travers moi et moi seule. Je me suis promis de ne plus me dévaloriser. Plus jamais je ne me ferai du mal pour plaire aux autres. Ce que j'ai appliqué pendant une longue période.

Mais alors que j'avais goûté à ce qu’était le véritable bonheur, quand je me suis retrouvée seule avec moi-même, quand je prenais le temps de méditer, de marcher, de faire du sport, de me nourrir de choses saines, tout d'un coup, j'ai tout arrêté et suis aussitôt repartie dans mes vieilles habitudes destructrices.

Alors que je me croyais réparée, au premier stress – des travaux dans mon appart, le Covid qui revient en force, noël qui approche – j'ai mis de coté mes nouvelles bonnes habitudes pour gagner du temps sur mon agenda. Pour être à l'heure dans les objectifs que je m’étais fixé, pour répondre aux attentes des autres, pour ne pas déranger, pour être parfaite, pour être aimée, j'ai relégué mon sommeil au second plan, j'ai arrêté de méditer et je n'ai fait que repousser mes séances de sport jour après jour. Petit à petit, sans m'en rendre compte, j'ai replongé. Comme avant, j'ai cru que j'avais la force de tout assumer. Résistant encore moins bien, qu'avant mon burn-out, à la pression, j'ai recommencé à fumer, et à boire beaucoup de Coca, pour tenir. Et je me suis crée encore plus d'anxiété. Anxiété que j'ai essayé de soigner comme je l'ai toujours fait. En cherchant la reconnaissance. J'ai recommencé à me dévaloriser pour faire marrer. Et je me suis à nouveau nourrie des notifications pour me réconforter. Etc etc etc. Le cercle vicieux s'est réenclenché. Parce que je suis retourné au réel, parce que j'avais besoin de me reconstruire une vie.

 

La solution existe-t'elle vraiment ?

Alors, peut-être ai-je voulu aller trop vite ? Je me suis cru réparée, j'ai cru que la crise était derrière moi. C’était certainement un mirage. La vérité, je pense, c'est que je suis toujours fragile, que je n'ai toujours pas pris confiance en moi, du moins pas complètement, et que je ne m'aime pas encore assez. Je dois reconnaître et ce, malgré ce que j'ai pu penser, que j'ai toujours ce vide affectif que j'ai du mal à combler seule. Comme un alcoolique qui se croit rétabli, je n'avais pas compris qu'on ne peut pas faire d’écart à son bien-être et qu'il ne faut jamais baisser la garde. Mais la bonne nouvelle, c'est que je m'en suis rendu compte. Et que je n'ai pas mis 34 ans cette fois. Grâce à mon bienveillant argentin et à mes propres analyses, j'ai vite pris conscience de ma rechute et je suis en train de freiner le processus de descente. Maintenant que je connais le mécanisme il est plus facile de remonter. Mais je me demande tout de même s'il est réellement possible de complètement changer son fonctionnement. Pleins de questions envahissent mon esprit. Je ne suis plus sûre de rien.

Dois-je complètement abandonner mon ancien moi, celle qui était tant aimée, et qui savait parfaitement (même si de façon éphémère et trompeuse) se rassurer ? Elle n’était pas si mal après tout. Ai-je envie de l'abandonner ? Ai-je envie de faire le deuil de celle que j'ai toujours été ? Et puis qu'est-ce que le bonheur ? Doit-il obligatoirement passer par le fait de se détacher des autres ? Doit-on complètement couper les ponts avec le reste de la race humaine au risque, sinon, de se faire bouffer ? Mais alors, comment fait-on quand on est trop faible pour se débrouiller seul ? Et puis cela est-il réellement possible de le faire sans s’épuiser ? Dans quelle mesure doit-on se sentir redevable de ce que les autres font pour nous et dans quelle mesure doit-on les remercier ? Quand nous vivons en communauté, est-il possible de ne jamais s'oublier ?

Bien que je n'ai pas encore la réponse à ces toutes questions, je me dis tout de même, qu'au moins, maintenant, je n'ai plus peur d'exprimer mes doutes, chose que je n'avais jamais osé faire avant, de peur qu'on découvre ma fragilité. Et si y'a bien quelque chose que j'ai compris cette année c'est qu'il n'y pas de honte à montrer ses faiblesses. Comme beaucoup, je suis un être fragile et indécis, qui a du mal à se défaire de sa carapace, car c'est elle qui l'a protégé toute sa vie. Un être qui n'a pas encore digéré tous ses traumatismes et qui ne sait pas s'il a envie de le faire, car il est plus facile de fuir. Un être qui a peur d'avoir mal mais, qui sait, au fond de lui, qu'il va falloir passer par là pour trouver la vérité.

En tout cas, ce qui est sûr, c'est que, contrairement à ce que je pensais, ce n'est que le début, le travail est loin d’être terminé... 🍃

3 commentaires

  • Merci pour cet article France :) Je pense pour ma part que nous sommes une seule et même personne composé de moments de vie. Qui plus est aujourd’hui avec toutes les possibilités de voyages de rencontres…
    Je pense en accord avec tout ces gens qui disent que le bonheur n’est pas une destination mais que le bonheur c’est le chemin.

    Et si le bonheur était juste simplement de s’entourer des choses qui nous font du bien mais aussi des personnes qui nous font réellement du bien.
    Tout cela sans endeuillé quoi que ce soit :)

    Pardon pour les fautes si il y en a :)
    Juste love

    Jean Baptiste
  • Je crois que la vie est une perpétuelle remise en question et un apprentissage sans fin… Jusqu’à ses derniers jours ma grand-mère (🥰😉) a continué de faire le bilan de sa vie pour en tirer des conclusions et décider que certains sont toxiques, et qu’on ne peut rien y faire 🤷🏻‍♀️
    Je pense que l’on doit seulement continuer d’essayer d’avancer en restant fidèles à nos convictions.
    Parfois on s’égare, puis on retrouve le chemin.
    Tu as toujours su retrouver le chemin de la maison quand il a fallu, et tu sauras toujours le faire 😘
    (P.s. je t’aime)

    Emilie
  • Je crois que la vie est une perpétuelle remise en question et un apprentissage sans fin… Jusqu’à ses derniers jours ma grand-mère (🥰😉) a continué de faire le bilan de sa vie pour en tirer des conclusions et décider que certains sont toxiques, et qu’on ne peut rien y faire 🤷🏻‍♀️
    Je pense que l’on doit seulement continuer d’essayer d’avancer en restant fidèles à nos convictions.
    Parfois on s’égare, puis on retrouve le chemin.
    Tu as toujours su retrouver le chemin de la maison quand il a fallu, et tu sauras toujours le faire 😘
    (P.s. je t’aime)

    Emilie ÉTIENNE

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