Moi hypersensible, faire de son handicap une force

by France Missud 

 

Être hypersensible, c'est ressentir plus fort, tout vivre intensément, surréagir, beaucoup pleurer. Être hypersensible c'est se transformer en capteur d'ondes, en éponge, avoir souvent besoin de calme après avoir vécu des journées chargées en rencontres, en bruits, en sensations. C'est aussi, parfois, saturer. Être hypersensible, c'est partager les émotions, voir qu'il y a quelque chose de caché, beaucoup analyser, deviner les intentions. Être hypersensible, c'est sentir qu'on dérange et toujours vouloir s'adapter. Mais, être hypersensible, c'est aussi se mettre à la place des autres, comprendre quand ça ne va pas et chercher à aider. Être hypersensible ça peut être si beau, c'est marcher à la connexion, avoir gardé son âme d'enfant, suivre son cœur, vivre au feeling, s'amuser, s'aventurer dans des univers inconnus juste par curiosité.


 

Témoignage :

Petite, je piquais des colères monstres, tombais dans une profonde tristesse pour un rien, et voulais ramasser tous les chats errants du quartier auxquels je me sentais « connectée ». À chacune des crises (de bipolarité) de ma mère c'était comme si on me plantait des coups de poignards. Alors que cela semblait glisser sur ma sœur, qui elle gérait émotionnellement plutôt bien le merdier, moi, je ne supportais pas voir ma mère souffrir. À neuf ans, j'ai découvert en premier qu'elle portait mon frère dans son ventre. J'avais deviné. À l'adolescence, alors qu'il était bon de harceler les plus faibles, je me mettais en danger pour les défendre. Le soir, me sentant incomprise, je me scarifiais en écrivant des textes morbides sur mon journal intime. À dix-huit ans, en quête d'autre chose, j'ai fini par découvrir, dans le monde de la nuit, des personnes à la même sensibilité que moi. J'ai d'abord cru avoir trouvé des semblables. Mais, même si ce nouvel entourage me comprenait sur beaucoup de points, la leur, de sensibilité, s'associait toujours à des pathologies beaucoup plus lourdes : schizophrénie, paranoïa, trouble bipolaire... Mal entourée, je suis rapidement tombée dans la coke et l'alcool, la vie me paraissait soit sans intérêt, soit trop dure à supporter. À vingt-trois ans, ne me reconnaissant ni dans ces hypersensibles psychotiques ni dans les gens plus rationnels, j'ai fini par me croire seule au monde. J'ai donc cédé aux appels du reste de ma famille voulant faire de moi quelqu’un de normal. Je me suis rangée. Pour moins souffrir, pour être acceptée, j ai refoulé ma vraie identité. À l'époque, personne ne parlait d'hypersensibilité. On me croyait bipolaire, comme ma mère. Je voulais leur prouver qu'ils avaient tort. À trente ans, à quelques mois d'un mariage que je ne préparais pas, mon ex, un cœur pur, m'a quittée pour « me rendre ma liberté ». Il avait tout compris. Je venais de passer sept années à ne pas me sentir vivante. Peu de temps après, plongée par hasard dans le milieu artistique du quartier du Marais, j'ai enfin trouvé des personnes me comprenant et m'acceptant comme j’étais, mais surtout avec lesquelles je me sentais en sécurité. Des semblables, des vrais. Mais après quatre années de bonheur et de liberté, je ne savais toujours pas mettre un mot sur ce que nous étions. C'est un psychiatre, rencontré en soirée après le deuxième confinement, qui m'a la première fois posé ce « diagnostique ». Ça a été un vrai choc. Quel soulagement, à trente-quatre ans, d'enfin comprendre son fonctionnement et se rassurer par la même occasion. Je n’étais pas folle, comme le pensais quelques membres de ma famille, mais simplement, hypersensible. Et oui, non, c'est pas tout à fait pareil. Aujourd'hui, j'ai arrêté de culpabiliser, je ne vis plus mon hypersensibilité comme un handicap mais comme une force. Non, être malheureux quand on est hypersensible n'est pas une fatalité.
 
"S'excuser d'être ce qu'on est quand on sent que ce qu'on est ça abîme
Mais c'qu'on est faut l'aimer, l'accepter et trouver des gens que ça sublime"

 

 

« Si vous ne reconnaissez pas que vous êtes hypersensible, vous vous sentez anormal et coupable et vous multipliez les erreurs. La pire chose que l'on peut dire à un hypersensible c'est « sois zen, calme toi. » L'hypersensible a un don très précieux il sait repérer ce que l'on appelle « les signaux faibles » et être précurseur. Il sait sortir des sentiers battus et a une capacité extraordinaire à sentir ce que les gens vivent, ressentent et attendent »

 

(Fabrice Midal pour Madame Figaro. https://madame.lefigaro.fr/celebrites/fabrice-midal-laissons-les-hypersensibles-gerer-cette-crise-010221-194811)

 

L’hypersensibilité est à la mode

Grâce au confinement, à l’ébranlement de notre modèle de société, et à tous ces chamboulements existentiels que cela a créé en nous, la question de sa véritable identité est aujourd'hui à la mode. Nous sommes beaucoup à s’être interrogé ces derniers mois. Qui sommes-nous réellement, au fond du fond ? Comment fonctionnons-nous ? De nombreux articles sur l’hypersensibilité, si peu décrite il y a encore quelques années, éclosent. De plus en plus de personnes consultent, s'expriment, osent parler de leurs angoisses, de leurs peurs et de leur façon si particulière d'aborder les événements de la vie. Et beaucoup se découvrent, donc, comme moi, à leur grand soulagement, hypersensibles et non pas fous. Encore estimé à 15% de la population mondiale il y a à peine vingt ans (source : Elaine N Aron : Ces gens qui ont peur d'avoir peur : mieux comprendre l'hypersensibilité) nous serions aujourd'hui 25 et 30% (source : Saverio Tomasella).

Oui, la recherche de son vrai soi est à la mode et tant mieux ! Arrêtons d'écouter les rabats-joie, les jaloux et les fermés d'esprit, s'ils veulent continuer à vivre dans un monde sans amour où le contrôle, le jugement et la peur règnent, c'est leur choix, pas le nôtre. Apprenons à nous connaître, ça rend plus heureux, plus apaisé et plus tolérant, je vous le promets ❤

 

a la menthe france missud hypersensibles

À quoi est due l'hypersensibilité ?

D'un point de vue scientifique, volontiers plus admis en occident, et même si on ne trouve pas beaucoup d’études purement biologiques sur le sujet, on expliquerait l'hypersensibilité par un mélange de facteurs génétiques ET environnementaux. J'aurais donc hérité du gênant gène de ma mère et pas ma sœur, pourtant née des mêmes parents. Mais, est-ce que si j'avais été adoptée, si je n'avais pas été élevée par cette mère, inadaptée à la fonction, j'aurais développé une si grande hypersensibilité ? Je n'en suis pas sûre. Et, est-ce que si j'avais vécu plus de trauma j'aurais viré bipolaire ? Les experts n'ont pas beaucoup de réponses à ce sujet. Pourtant, bien qu'ils ne sachent pas vraiment l'expliquer, beaucoup ne se gênent pas pour nous dénigrer. En 2021, certains la considèrent même, encore, comme une pathologie et appellent à la soigner... (https://e-psychiatrie.fr/situations-ou-appeler-a-laide/hypersensibilite-hyperemotivite/). On trouve, aussi, pléthore d'articles nous expliquant que l’hypersensibilité n'existe pas et qu'on est juste des pleurnichards. https://www.letemps.ch/societe/hypersensibles-parmi un exemple parmi tant d'autres.) En France on est souvent vus comme des faibles, des trouveurs d'excuses, des illuminés.
Mais alors que faire de toutes ces ressemblances que nous notons quand on se retrouve entre nous ? Et qui sont-ils pour parler à notre place ?


D'un point de vue spirituel, plus répandu dans le reste du monde, l'hypersensibilité serait notre état normal. Dans certains pays d'Asie ou d'Amérique latine c'est accepté, voire encouragé. Selon leur philosophie, les fœtus se développeraient tous hypersensibles et les facteurs environnementaux, familiaux, les trauma, feraient que nous la rejetions ou non. Les grands sages appellent à la retrouver. Vous aurez deviné que je penche plus de ce côté-là de la théorie.

 

Pourquoi c'est si dur d’être hypersensible dans notre société ? 

Naître hypersensible dans notre société occidentale rationnelle et peu spirituelle, est donc plutôt considéré comme un handicap. Quand on peut être nous-même, nous sommes des enfants. On ri, on s’esclaffe, on s'amuse, on est heureux d'un rien, optimistes, naïfs, gentils, enjoués, excités. Et cela agace beaucoup les trois quarts de la population qui ne fonctionne pas comme nous. On agace même aussi, les hypersensibles ayant rejeté leur vraie nature. Ah, non, on n'est pas très bien entourés, on peut le dire. Pour eux, on est toujours trop ou pas assez. Dans cette société du jugement, de la performance, il est très difficile d'avoir une sensibilité exacerbée. L'hypersensible ne comprend pas ce qu'on lui reproche, il se sent blessé, peu aimé et se rabaisse pour être accepté. Beaucoup d'hypersensibles, à force de se dévaloriser, finissent par avoir une très faible estime d’eux-mêmes et tombent dans la dépression, les addictions ou encore les comportements suicidaires. Pourtant, le monde a autant, si ce n'est plus, besoin de notre hypersensibilité que de leur rationalité.

 

Faire de son hypersensibilité une force

Mais, si on peut remercier la population rationnelle de nous avoir construit nos villes et dirigé nos sociétés, on peut remercier la population sensible d'avoir su apaiser les débats, soigner les blessures et crée l'art et la philosophie. Que serait un monde sans musique, sans livres, sans beauté ? Tout cela nous le devons aux hypersensibles.

Quand l’hypersensible naît dans une famille où il se sent accepté, quand le corps enseignant sait mettre en valeur ses capacités, quand il réussit à s'accepter, l'hypersensible peut changer le monde, le faire évoluer. Les grands courants de pensées de la Grèce Antique ou encore du XVIIème siècle le prouvent. La philosophie a permis de rendre la vie meilleure, faire bouger les mentalités, protéger les minorités.

Doté d'une forte capacité d'empathie, l'hypersensible veut partager, défendre les injustices, aimer. S'il se sent en confiance, en sécurité, il écrira, inventera, débattra pour faire avancer les choses, pour essayer de se faire comprendre, pour diffuser ses idées. Et il encouragera toujours les autres à s'exprimer pour se libérer. Le regard différent qu'il porte sur la beauté de la nature, de l'être humain, le pousse à voyager, rencontrer, à créer, de la musique, de l'art, de l'amour, à aider son prochain, le rendre plus heureux. Outre les métiers artistiques donc, on le retrouve souvent dans ceux de la santé, ou dans l'humanitaire. Vivre pleinement, partager, aider, créer, c'est de cette façon que l'hypersensible s’épanouit. Et s'il réussit à s'entourer de gens qui le comprennent et l'acceptent et à prendre du recul avec ceux dits « plus rationnels », à ne pas se faire bouffer par le jugement, les pervers narcissiques ou les cas désespérés, il y arrivera. En exprimant toute son énergie à bon escient, l'hypersensible créera un monde, son monde, celui de son entourage, plus beau, plus juste, plus apaisé.

« C'est ce qui nous fait palpiter dans la relation amoureuse, amicale, avec nos enfants. C'est ce qui fait que devant un bon film, un tableau, un morceau de musique, un coucher de soleil, un beau paysage, on peut être transporté. C'est qui donne du sel à la vie, de la saveur à l'existence... oui, c'est un vrai trésor ! Et il nous rend intelligent. Et unique aussi. C'est un grand atout pour le bonheur, pour la joie, pour la convivialité et le partage parce qu'on ne cherche pas le bonheur pour soi, par nombrilisme, mais vraiment une joie partagée, une espèce de sens de la fête, d'une vie qui pétille. Une sorte d'enchantement du quotidien. » (Saverio Tomasella)

 

Quelques conseils pour mieux vivre son hypersensibilité 

arrêter de croire que c'est une faiblesse : l'hypersensibilité est un atout. Elle nous permet de voir plus de choses, de mieux comprendre notre prochain et le monde en général.

 

 

ne plus vouloir contrôler ses émotions, ne pas lutter contre sa vraie nature, lâcher prise, laisser s'exprimer ses émotions comme elles viennent

s'accepter, apprendre à s’aimer, vouloir se faire du bien

prendre du temps pour soi, se reposer, s'accorder des moments de calme, écouter son corps

faire confiance à son instinct : si on ne sent pas une personne, une pièce, un travail, une situation : fuir, loin. Au contraire, s'entourer de gens bienveillants, dans le partage, avec lesquels la relation sera équilibrée : on ne donne pas plus que ce que l'on reçoit

Penser à soi avant tout. Arrêter de vouloir sauver la terre entière

 

Si cet article vous a permis de vous reconnaître, alors je vous dis bienvenue les inadaptés, les freak, les atypiques, non, vous n’êtes pas seuls, et surtout : vive l'amour et la liberté !

 

 

Ils en parlent

Podcast : l'hypersensibilité peut-elle être une force ? Emotions, Louiemedia.com

https://podcasts.apple.com/fr/podcast/%C3%A9motions/id1447653027

l'hypersensible 1/3, la Ferrari des émotions, La vie est un art.

https://open.spotify.com/episode/3V5pdqwxFSxowEmc1TmUDF



Livres : Elaine N Aron : ces gens qui ont peur d'avoir peur. Mieux comprendre l'hypersensibilitté

Fabrice Midal : suis-je hypersensible ?

Saverio Tomasella : hypersensibles, trop sensibles pour être heureux ?



Articles :https://www.la-clinique-e-sante.com/blog/hypersensibilite/conseils-hypersensibilite

https://www.lesmotspositifs.com/blogue/comment-trouver-lamour-quand-on-est-hypersensible

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