Pourquoi fait-on semblant à noël ?

 par France Missud 

 

Dépenser des tonnes de fric dans des cadeaux qu'on ne va pas utiliser. Les choisir, faire plaisir. Se préparer. Se déguiser. Vouloir leur plaire. Bouffer des animaux qu'on a torturé, qu'on va même pas terminer et qu'on va jeter. Sourire et rire. Parler de ce que tu n'accompliras pas. Vouloir qu'ils soient fiers. En faire trop. Puis exploser à la première remarque. Et chaque année recommencer.
« Fais un effort. C'est une fois par an. C'est super noël, c'est l'occasion de se retrouver en famille. »

"Sauf que moi - comme beaucoup d'entre nous - la famille, parfois, elle me fait chier."

Alors ouais, je sais, ils ne se rendent pas compte de ce qu'ils font. Peut-être, même, que c'est moi qui ai lancé les hostilités, la plupart du temps. Je devrais prendre plus de recul. Mais ça n'empêche que de se recevoir des attaques et des jugements à chaque réunion de famille, inconsciemment ou non, ça ne donne pas envie de revenir à celle d'après.

Et puis, on en parle des discussions sans intérêt ? Je sais pas vous, mais moi je peux plus.

Macron, le Covid, les plans de carrières, les immigrés, le dernier sac Chloé, ça ne m'a jamais passionnée. Enfin si, si je dois être tout à fait honnête, ça m'animait pas mal, avant, quand j'avais rien compris. Et encore, je crois que je faisais déjà semblant, pour exister. Mais, maintenant, je peux carrément plus. Consciemment. Vraiment, j'y arrive plus. Les conversations superficielles, ça fait quand même bien longtemps que je fais une allergie. Quand est-ce que nous allons réaliser que y'a plus intéressant et urgent à traiter comme sujets ?


Moi, à noël, ou tous les autres jours de l’année, j'aimerais que tu me dises ce qui t'a rendu heureux, ce qui t'a fait du mal, ce qui te fait vibrer, de quoi tu rêves. Je voudrais savoir qui tu es. J'aimerais qu'on parle de moi, de nous, de nos blessures, de notre passé et de notre futur. Je voudrais qu'on cherche des solutions pour s'apaiser, des solutions pour qu'on s'aime plus, pour qu'on évolue. Bref, qu'on parle vrai. Alors, ouais, je sais, je ne fais pas partie de la majorité. Sûrement que pour eux je suis chiante, que je suis trop différente, mais le résultat c'est que du coup, de mon côté, une fois sur deux, au moins, noël, je le vis comme une corvée.

 

grinch le coin de france a la menthe

 

Et on est beaucoup dans le même cas.


Le 24 décembre en plein dîner, habitée par l'ennui et l'envie d’être ailleurs, j'ai lancé une question sur Instagram : « Est-ce que, toi aussi, tu te demandes ce que tu fous là ? » J'ai récolté 78% de « oui ». Alors, même si je sais que la plupart de mes amis/fidèles followers sont des freaks, des atypiques, des vilains petits canards, j'en suis, néanmoins, restée déconcertée. Ah, ouais, on est pas mal, quand même, à s'infliger ce supplice depuis des années. Mais, alors, pourquoi fait-on ça ? Alors qu'on pourrait bien le vivre, ou, tout simplement, ne pas y aller ?

Parce que, faire semblant, c'est ce qui nous a permis de survivre, de vivre, malgré tout, des moments de joie, et de plaisir, quand à l’intérieur ça allait pas mais qu'on n'osait pas le montrer. Car les autres, nous compris, n'aimons pas voir quelqu'un mal, c'est embarrassant. Encore plus quand on est accusés d'être la cause de ce mal. Et vivre de la joie et du plaisir dans le malaise, c'est compliqué. Dans notre société, vaut mieux se montrer tout le temps souriant et de bonne humeur pour se faire aimer. Alors, même si souvent, ça va vraiment très bien hein, parfois on fait semblant. Mais c'est un semblant de bonheur, un aparté dans notre malheur. Si vous voulez mon avis, on ferait mieux de s’occuper de la cause du malheur plutôt que de perdre son énergie à le cacher. Et, s’occuper de la cause du malheur, ça commence par l'exprimer, justement. L'exprimer, c'est respecter qui on est, ce qu'on ressent, c'est accepter d’être mal parfois et que, oui, on a le droit !

Alors oui, certains d'entre nous sommes plus sensibles, plus en souffrance, différents ou juste plus éveillés que le reste du monde et en particulier que notre famille, et alors ? Pourquoi on n'aurait pas le droit de s'exprimer ? D’être nous-même ? S'adapter pour ne pas déranger c'est prouver notre manque de confiance en nous. Et à trop s'adapter on se perd, et on n'arrange encore moins le fait de ne pas nous aimer.


​Arrêtons de nous cacher.


Oui, des fois, ça va pas. Souvent, noël, les réunions de famille, ça nous rappelle des traumatismes pas digérés, des conflits, des jugements subis, de la souffrance, et, résultat, on n'est pas bien durant cette période. Qu'on le dise, ouvertement, pas du tout, juste à ses potes, ou qu'on soit dans le déni, en vrai, on est beaucoup à être mal entre novembre et janvier. Alors, pourquoi le cacher ? Exprimons-nous ! Disons aux personnes qui nous ont blessés (sans agressivité) qu'elles l'ont fait ! Au mieux, on récupère du soutien et du réconfort de ceux prêts à écouter, au pire, on se libère d'un poids. Et putain, déjà rien que ça, c'est énorme. Je vous jure, vous devriez essayer.


Perso, cette année, ça n'allait pas, et pour une fois, dès le départ, avant, de toute façon, comme d'hab, exploser, je ne l'ai pas caché. Je n'ai pas fait le pitre, je n'ai pas menti sur les émotions que je ressentais. (À part, peut-être devant les gosses, car ce sont bien les seuls êtres que nous devons protéger, et ce même à nos dépends.) Je n'ai pas fait semblant, je n'avais pas envie de me mêler aux conversations que je trouvais sans intérêt, je ne l'ai pas fait. Je n'avais pas le moral, je n'ai pas joué la comédie. Même si c'était dur de voir que ça a dérangé, mis mal à l'aise, embarrassé, peiné, peut-être, aussi, je n'ai pas menti, ni à moi-même, ni aux autres. Et vous savez quoi ? J'suis hyper fière de moi. Je ne me suis pas trahie, je me suis respectée ! J'ai enfin réussi à ne pas cacher mes fragilités, et j'ai, juste un peu (mais bien moins qu'avant), culpabilisé. Résultat, j'ai même pas explosé. Grande première pour moi ! Je me sens toute légère de m’être exposée à nue, sans peur, je me sens plus libérée. Je sens que ma colère et mes peines s'en vont, tout doucement. Et, sûrement que l'année prochaine, j'aurais même plus besoin de faire semblant, j'aurais p'tet, vraiment, à 100%, dans la joie et l'apaisement, envie de passer noël à leurs côtés.

 

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