Saar de Pisica, le petit chat de la minimale

Interview par France Missud

 
Pisica, ça veut dire petit chat en Roumain. Pisica c’est le nom qu'ont choisi Benjamin et Gilles pour leur collectif de soirées techno minimale. Les amis débutent en avril 2017. La Minimale roumaine est peu représentée en France. Ils sont fan. Ces deux DJ amateurs décident de monter leurs propres soirées. Tout s’enchaînent très vite. À chaque événement des milliers de parisiens se pressent, les plus grands DJ de la scène française et internationale micro y sont programmés. Quatre ans plus tard Pisica s'exporte dans tout l'hexagone et HLE et Saar (leurs alias) se déplacent partout.
 
À l'occasion de sa venue à Marseille pour deux événements dans lesquels il a été invité à mixer  ̶  Planète 51 et le Delta festival  ̶  j'ai pu m'entretenir avec l'un des deux fondateurs de Pisica, Gilles, alias Saar.
 
 
saar alm france missud petit chat

 

 

- Salut Gilles, comment te présenterais-tu?
 
Je me présenterais comme un organisateur de soirées associatives, je suis aussi DJ à mes heures perdues. Je viens de terminer mon école de commerce à Bordeaux et je compte donc maintenant me lancer pleinement dans les soirées.
 
- Je ne comprends pas. Tu te lances?
 
Je veux dire par là que je compte m'y lancer professionnellement. Avant, nous montions des soirées dans un cadre associatif (ndlr : leurs soirées permettent, en parallèle, de financer des associations pour la protection animale) maintenant, je compte m'y consacrer à temps plein. Malgré le Covid je suis plutôt confiant et j'ai compris que c'est ce que j'aime faire.
  
- Justement, en tant qu'orga comment vis-tu ces mesures anti Covid?
 
Tout était à l’arrêt pendant un an, ça a été très compliqué pour beaucoup de collaborateurs  ̶  certains ont eu des aides, mais pas tous  ̶  et là, maintenant que ça reprend, on nous impose beaucoup de nouvelles restrictions. Pendant l'été on ne savait pas ce qu'on pouvait faire ou non, y'avait un espèce de flou juridique, on n'a pas pu organiser des soirées en intérieur pendant longtemps, on nous a imposé des jauges (pour le nombre de personnes), on devait trouver des lieux assez vastes tout en faisant en sorte qu'il ne soit pas très loin de Paris si on ne voulait pas léser notre public, bref, c’était assez contraignant en effet, voire même très contraignant. Mais heureusement, on a su être flexibles pour tout de même proposer des événements cool à notre public.
 
- Sens-tu un ras-le-bol des teuffeurs concernant toutes ces règles?
 
Au niveau des orga, ça, c'est sûr, je constate un gros ras-le-bol. Il y'en a qui n'ont malheureusement pas su rebondir et sont encore en stand-by à l'heure qu'il est. C'est dur de rester présents avec toutes ces normes. Une soirée parisienne sur deux a été annulée, parfois au dernier moment, du coup les teuffeurs devaient demander leur remboursement, qui n'était pas toujours au rendez-vous... Maintenant y'a le pass sanitaire... on doit s'adapter. Hier, un de mes amis n'a pas pu rentrer en soirée car il n'avait pas sa carte d'identité, pourtant il avait son pass. Oui, je sens un ras-le-bol, mais on espère que tout ça va bientôt se terminer. On y croit.
 
- On décrie souvent les orga de soirées techno, de warehouse, on les accuse d’être trop business, de parfois ne pas respecter leur clientèle. Qu'est-ce que tu en penses?
 
Ce que j'ai constaté c'est que, finalement, ceux qui ont des choses à redire représentent à peine 5 à 10% de notre public. Beaucoup sont conciliants mais ce n'est malheureusement pas eux qu'on entend le plus.
Mais non, je ne pense pas manquer de respect à mon public, on propose des tarifs abordables, notre bière est vraiment pas chère par exemple, 7 euros la pinte, par rapport aux autres lieux de fêtes parisiens c'est hyper raisonnable.
D’ailleurs, j'en profite pour dire que, maintenant, on vend de la Chouffe à 9 balles. (rires)
 
- De la Chouffe en warehouse? Est-ce que Pisica s'embourgeoiserait pas un peu?
 
Ouais, c'est ça t'as tout compris (rires) on va faire des cocktails pré-faits aussi. Mais non, en vrai, on reste toujours underground, même si on a parfois envie d'augmenter les prix  ̶ surtout avec toutes ces nouvelles restrictions qui nous donnent beaucoup de travail  ̶ on tache de ne pas dépasser un certain tarif pour notre public, on veut le mettre bien à la base, c'est le principe. On cherche à ce que tout le monde y trouve son compte, nous comme le public, on trouve ça plus honnête.
 
 
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- On dit que les orga sont obligés de ne pas se montrer trop gentils pour s'implanter plus durablement. Pour les locations de salle notamment. Est-ce que c'est vrai?
 
Moi je dirais qu'il ne faut pas être trop gentil, mais pas non plus malhonnête, faut trouver un juste milieu pour tout de même se faire respecter par les collaborateurs. Avant, on a parfois été trop sympa et ça a fini par nous retomber dessus. En fait, on est obligés d’agir dans les règles, même si ça ne plaît pas à certaines personnes. Par exemple, pour les horaires de fermetures, on ne peut vraiment pas faire plaisir à tout le monde. Mais je dirais que si parfois on est obligés d’être un peu durs, il faut quand même pouvoir être mesure de se regarder dans le miroir le soir. Se dire que même si c’était compliqué, qu'on a du prendre une décision qui n'a fait ni plaisir au collaborateur, ni au client, ni à personne  ̶ parce qu'on y a été obligé par les pouvoirs publics  ̶  bah, on a du le faire car on veut rester durablement dans le temps.
 
- Le gouvernement... et la rentabilité aussi, non?
 
Évidemment, il faut quand même dégager un minimum de rentabilité pour que l'on puisse continuer notre activité.
D'ailleurs, j'aimerais faire une petite parenthèse au sujet des organisation de free-party. Je trouve le concept super : la fête libre où tu donnes ce que tu veux. C'est mes soirées préférées, je m'y sens bien. Mais ce mouvement militant anti-gouvernement a ses limites :  y'a souvent des débordements, des accidents, des drogues aussi (on ne va pas se mentir) et les gens ne sont pas tous autosuffisants, c'est une utopie. Ça nous fait un peu passer pour des marginaux. Il faudrait encadrer ça par de la sécurité, des secouristes, mais tout ça, ça coûte de l'argent. Il ne faut pas oublier que si c'est une passion, c'est aussi un métier et si tu veux proposer des événements de qualité, avec de la musique de qualité et de la sécurité, bah, c'est de l'investissement, des galères, du stress, beaucoup de travail et t'es obligé de faire payer et de fixer un vrai tarif.
 
Après, je n'ai personnellement jamais organisé de grande free, pas mal de petites, c'est vrai sans l'aval des mairies et c'est peut-être plus facile à dire qu'à faire. Mais à termes, ce serait cool que les orga puissent trouver un terrain d'entente avec les pouvoirs publics pour qu'il y ait un minimum de sécurité tout en gardant l'esprit libertaire. En même temps, il faudrait que les mairies et les teuffeurs y mettent chacun de la bonne volonté, ce qui n'est pas vraiment gagné, et me semble même, à mon sens : impossible. (rires) C'est un débat sans fin.
 
- Comment tu qualifierais ton public?
 
Je dirais qu'il y a un peu de tout, pour la micro c'est 25-30 ans, un public qui se tient plutôt bien, assez sage. Mais on fait aussi des scènes techno ces derniers temps (en plus de celle micro), ça change un peu, c'est un peu plus jeune. J'aime bien l'ambiance techno, j'en joue depuis peu sous mon alias Saartek, vous aurez compris le jeu de mot (rires).
 
 
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- D'ailleurs, comment ça t'a pris de jouer de la techno?
 
Pour la petite histoire, je devais aller à une soirée en octobre avec des potes, et quand je suis arrivé tout le monde était trop bourré et la soirée déjà finie. J'avais bien le seum du coup mais je me suis rappelé que j'avais une autre pote à une soirée LGBT dans une maison pas loin. Quand je la rejoins tout le monde est à moitié à poil, en mode libéré, l'ambiance est vraiment mortelle. Et surprise un pote à moi est en train de mixer de la techno. Il s'avère que j'ai une playlist techno dans la clef USB que j'ai toujours sur moi, certains comprendront pourquoi (rires). Du coup, je lui demande si je peux jouer un peu, et pendant deux heures je me régale, une révélation. À partir de ce moment j'ai commencé à m’intéresser à certains artistes et me suis mis à de plus en plus en mixer. La micro c'est super mais, parfois, quand les track sont un peu lentes, et que tu mixes tout seul, tu t'embêtes un peu. La techno, c'est plus rapide, ça permet de vraiment te défouler.
 
- T'as pas peur que la deuxième scène techno apporte une clientèle qui ne plaise pas à la première?
 
Non, je trouve ça bien que les gens qui viennent pour la micro puissent découvrir la techno et vice versa. Et puis, on garde quand même une plus grosse scène micro et une direction artistique axée là-dessus. Dans tous les cas, on sait gérer tout type de clientèle, et pour reprendre le slogan de Macdonald, on a envie de dire à notre public : venez comme vous êtes. (rires) On accepte tout le monde.
 
 
ALM France open air de septembre 2019
(open air de septembre 2019, crédit photo : Arthur Lacour)
 
 
- Du coup, tu t'orientes plus techno maintenant?
 
Non. J'aime toujours autant la micro, je commence d'ailleurs tout doucement à en produire, j'ai une track qui va sortir là, sur vinyle, sur le Pisica Records 003. Maintenant que j'ai fini mes études j'ai plus de temps, ça en prend pas mal, c'est du travail, mais une fois que t'as sorti une track t'es hyper fier de toi.
 
- Si on parlait un peu de toi. Le Saar qu'on voit en soirée, il est plutôt distant, réservé. Tu es comment au quotidien?
 
Au quotidien, quand je suis avec les gens que je connais, je dirais que je suis un peu excentrique, un peu fou sur les bords, je me considère comme quelqu'un de gentil, même si parfois j'ai pu prendre de mauvaises habitudes avec certaines fréquentations du milieu.
 
- Qu'est-ce que tu entends par mauvaises habitudes ? Tu essaies de nous dire que tu as fais des erreurs?
 
Ça serait mentir de dire que je n'ai pas fait d'erreur, entre la pression des collaborateurs, du gouvernement, des propriétaires de salle, la rentabilité, les galères... quand je suis à une Pisica je suis un peu stressé, je peux avoir eu des comportements un peu froids, désagréables, j'ai pas le temps de parler à tout le monde, je ne peux pas me souvenir de toutes les têtes... mais je ne fais pas exprès d’être distant, j'essaie vraiment de faire des efforts. Après, je suis aussi obligé de jouer un rôle, j'ai appris à prendre mes distances avec certaines personnes ou comportements car on ne peut pas faire plaisir à tout le monde et parfois j'ai fais des erreurs mais j’essaie de perpétuellement me remettre en question.
 
- Tu arrives parfois à faire la fête en temps que client ? T'arrives à te détendre?
 
Là ça a été un peu compliqué car tout était fermé pendant un an et demi et pendant les deux étés où ça a un peu rouvert j'ai finalement pas mal travaillé ou été invité à mixer à droite à gauche. Mais j'ai quand même apprécié quelques soirées telles que la Inception et on espère que ça va vite revenir à la normale, car ouais, ça me manque pas mal.
 
- D'ailleurs, parle-nous un peu des autres collectifs. Lesquels apprécies-tu?
 
Y'a Possession que j'aime bien, je suis quand même vachement de ce milieu un peu rave, j'aime le côté underground, libre. Après j'aime bien Micromat, c'est un nouveau collectif micro assez qualitatif. J'ai entendu parler du Kilomètre 25 évidemment, je dois y passer. Sinon, Centrale93 c'est sympa, c'est une friche industrielle ouverte par Yoyaku, je suis allé voir, j'ai trouvé ça cool. Y'a la Pampa aussi, une autre friche qu'a lancé Kumquat, j'ai bien aimé le coté intimiste. J'ai pas encore eu l'occasion de faire Ciel Aubervilliers, ni la ferme de Noisiel ouverte par le Rexclub et le Badaboum, ni l'hippodrome de Vincennes, mais j'y compte bien.
 
- Quels sont tes prochains projets?
 
Ce soir (21 août 2021) on mixe avec mon ami Mateba du collectif Micromat à la soirée de Planète 51 dans les environs de Marseille, et la semaine prochaine on fait l'ouverture du Delta festival sur la plage du Prado.
Mes projets c'est de continuer à produire des sons, de continuer à organiser des Pisica avec Ben (on cherche des lieux actuellement). On a aussi un gros open air prévu pour le 25 septembre avec black Plague, c'est le label d'Axel Picodot, c'est de la techno. On pense aussi à organiser un festival d'ici 2023/2024. Puis on aimerait bien aussi ouvrir une petite friche industrielle d'hiver peut-être, si on a le lieu, si on a les autorisations, on réfléchit à pleins de trucs.
 
 
saar alm france missud 4
(Benjamin et Gilles, les deux fondateurs de Pisica)
 
 
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